Arméria Renaissance


 
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 Danger en eaux troubles (Sam)

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Vlad Himei

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MessageSujet: Danger en eaux troubles (Sam)   Ven 5 Juin - 8:38





Danger en eaux troubles
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La rue était déserte à cette heure tardive, les fenêtres closes sur les ronflements des habitants. Un ciel orageux menaçait les derniers reclus des rues, où les seuls reliefs en vue s’apparentaient à des tas d’ordure et des sans-abris pataugeant dans leur flaque de misère. Des relents nauséabonds survenaient par moment par des caniveaux poisseux. Un grincement discret vint soudain perturber l’apparente tranquillité des lieux. De l’interstice béant d’une bouche d’égout entrouverte s’extirpa une masse informe, que l’aveuglante pénombre ne permit pas de distinguer. Elle s’attarda un moment à replacer la plaque de fer, puis se redressa, dévoilant sa surprenante taille. Jetant des regards de côté pour vérifier que personne ne l’avait vue, elle remonta les pans de sa cape sur son visage et disparut dans un coin de rue.

La ruelle étroite permettait à peine son passage, discuté par les débris et les matons errants, visiblement contrariés de voir s’inviter dans leur palais un intrus grossier et imposant. La silhouette ne s’arrêta pas pour s’excuser cependant. Elle courait, volait presque au-dessus des pavés, silencieuse tant qu’on pouvait l’être emmitouflé dans un vêtement trop long et encombrant. Elle parcourut encore deux ruelles ainsi, évitant les grandes artères, puis au détour d’un bâtiment, trouva enfin ce qu’elle cherchait.

Un inquiétant escalier de secours zigzaguait le long d’une corniche de briques pourries. Levant ce qu’on appellera un bras, la masse tira sur la corde rouge et fit descendre la première marche à sa portée, puis entreprit de gravir les marches de métal rouillées. Arrivée sur le toit, la créature ne s’arrêta pas avant d’être à l’abri de l’entrée de sécurité, puis redescendit une flopée de marches pour arriver au dernier étage. Dans le couloir vide, un courant d’air poussait ses accords travers tout le bâtiment délabré. Quelque part, l’écho répondait régulièrement à une fuite d’eau incessante. Les vitres brisées et portes défoncées témoignaient de la violence des derniers instants de la bâtisse. L’individu évita l’armature d’un lit qui avait visiblement servi à défoncer un mur, puis sauta par-dessus une flaque d’eau, et arriva face à la seule porte encore debout.
Bien que faibles, ses trois coups firent trembler les gonds, mais à peine eut-il tapé le dernier que le panneau s’ouvrit, l’avalant instantanément dans son antre sombre.

Une unique bougie éclairait la grande pièce. Les rideaux tirés, une odeur insoutenable de pisse et de bière prenait aux tripes quiconque avait un odorat un tant soit peu sensible. Sans se découvrir, l’invité crut poli de s’avancer mais se ravisa immédiatement. Son hôte tendait vers lui le canon flatteur d’un fusil, tout d’argent couvert, et il ne fallait pas douter que l’intérieur était fait du même matériau. Dégageant sa bouche du pan de la cape, un murmure s’échappa.


« Vous avez ma commande ? »

« Vous avez mon payement ? »

La vieille femme au fusil fixait l’individu sans sourciller, ses pognes fripées ne tremblotaient pas comme à leur habitude, et son dos d’ordinaire courbé s’était fait le plus droit possible. Des mains cadavériques apparurent soudain hors du long vêtement, et posèrent sur la table basse une poche de sang, et une liasse confortable d’astres. Les rides du visage de la vielle parurent se détendre, et son arme s’abaissa. Elle désigna du menton un sac posé derrière elle. Le grand inconnu s’y déplaça, lentement sous l’injonction de l’arme, et ouvrit la besace pour y découvrir tout ce qu’il avait demandé.

Soudain, une désagréable intuition prit l’individu. Il se leva lentement, et fixant le mur face à lui, il murmura.


« Vous m’avez… trahi ? »

La vielle et lui échangèrent un regard, puis la porte s’ouvrit à la volée, révélant la silhouette de deux hommes qui s’engouffrèrent dans la pièce, mais au même moment, la vitre et les volets de bois morts explosaient sous le passage forcé d’un corps.

« Merde ! »
« Le lâche… »

Les deux Hunters s’approchèrent prudemment pour tenter de voir la silhouette du vampire s’enfuir, mais ils ne perçurent que l’abondant battement de la pluie.
Ils se tournèrent alors vers la vieille folle pour l’interroger… mais celle-ci avait perdu toutes ses couleurs, l’expression livide de peur, et tomba raide face contre terre, un poignard planté dans la nuque.




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Samuel Altair

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Mer 10 Juin - 22:44

Enveloppé dans le manteau de la nuit un jeune homme avançait sans but dans les rues. Les mains enfoncés dans les poches de son pantalon et une veste noire jetée sur ses épaules, les manches vides glissant contre le vêtement. Son pas était souple, léger, presque silencieux. En début de soirée il s’était assuré qu’Isei était bien rentré. Suite à la bagarre au restaurant le jeune vampire venait tous les soirs s’assurer que le retour à la pension de l’ange se faisait sans encombre. Etrangement cela lui rappelait ses nuits à veiller sur sa sœur, comme si pour se sentir vivant il avait besoin de quelqu’un sur qui veiller.

Perdu dans ses pensées, la lune pour seule compagne, Sam avançait. Son sang semblait toujours bouillonner dans ses veines, comme si le sang angélique dont il se nourrissait était si puissant que son corps de transformé ne l’assimilait pas encore. Ce qui était plus ou moins le cas… Une sensation de puissance l’habitait, sa soif était apaisée bien que plus intense quand elle se manifestait, et ne semblait se satisfaire que de ce nectar divin. Ses pouvoirs eux aussi étaient plus présents, plus difficiles à contrôler, il s’était fait prendre à plusieurs reprises dans ses illusions sans rien pouvoir faire.

L’orage éclata enfin, un éclair zébra le ciel avant que le tonnerre ne déchire le silence. Quelques secondes plus tard des trombes d’eau tombaient du ciel. Le vampire pesta et accéléra le pas pour se mettre à l’abri d’une avancée de toit. Geste un peu inutile mais réflexe d’humain. Ses cheveux dégoulinaient déjà, lui retombant légèrement devant les yeux. Adossé au mur le jeune homme attendait que le ciel ai fini de pleurer pour rentrer chez lui. La pluie faisait retomber les odeurs de la ville, ce qui était un soulagement pour son odorat fin. Pourtant une très mince odeur de sang lui parvint aux narines. Très brève, une fraction de seconde à peine, mais son corps était fait pour en pister le moindre effluve si ténue soit-elle.

Ne prêtant plus attention à cet information Sam repris le cours de sa réflexion quand une autre odeur lui parvint. Cette fois il ne pouvait l’ignorer. Un de ses semblables, visiblement il se rapprochait… Et instinctivement il sût, un sang pur. Les souvenirs de cette nuit lui revinrent en mémoire comme une grande gifle. Il la revoyait souriant à son agonie, il la sentait planter ses crocs dans sa chair encore et encore, il entendait son rire abject. Sa main se posa sur son cou, là où il avait été mordu. Tous ses muscles tendus, prêts à l’aider à fuir. Mais il préféra rester immobile. S’il pouvait le sentir, alors l’autre aussi devait s’être rendu compte de sa présence. Mais après tout, il semblait se déplacer rapidement, quel intérêt aurait-il de s’arrêter pour lui pourrir la vie ?
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Ven 12 Juin - 9:47





Danger en eaux troubles
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Se défenestrer du dernier étage n’avait pas été son idée la plus reluisante, il fallait en convenir.
Un toit pentu l’avait récupéré à mi-hauteur, l’allégeant de la cape sous laquelle son identité avait trouvé refuge tandis que les briques accusaient le dévalement gauche de sa carcasse endolorie. Quand il put reprendre appui sur ses jambes, il n’attendit pas son reste pour détaler, mais heureusement les deux hunters ne l’avaient pas suivi. Ces derniers n’avaient rien de petits bleus inexpérimentés, ce qui était compréhensible au vu du gibier qu’ils étaient venus chasser. Il ne faisait pas bon rester dans les parages, tant pis. Il avait ce qu’il voulait, et s’occuperait du reste plus tard.
Peu de réflexion autre que sa fuite avait ensuite occupé son esprit. Où fuir, où se réfugier…

La vérité, c’était qu’il n’avait plus nulle part où aller. Depuis la divulgation de l’avis de prime sur sa tête par les Hunters, il n’avait pas fallu longtemps pour que la nouvelle se répande parmi les pirates. Le monde de l’ombre tissait ses liens ainsi, les informations affluaient contre une poignée d’astres, un service, ou une funeste missive. Vlad Himei était donc un vampire, et de surcroît recherché par la guilde. Peu de marins des airs étaient prêts à accepter de lever l’ancre avec à leur bord un prédateur naturel, tout sang pur qu’il était. La panique empêchait les faibles d’esprit de raisonner. Sansa avait bien essayé de négocier, moyennant l’emprisonnement ou la muselière, mais le vampire avait disparu la nuit suivante. Il était hors de question qu’il laisse ces couards décider de son sort, et les voir se déchirer sa peau comme on le ferait avec un trop encombrant butin avait tout bonnement été invivable. Entre ceux qui le voyaient soudainement comme une menace à éliminer et les autres qui se partageaient déjà la prime en élaborant un plan pour le vendre à la guilde, il avait été à deux doigts de massacrer tout l’équipage, ce qui n’aurait nullement joué en sa faveur. Fort heureusement, personne n’avait soupçonné Sansa d’être sa complice. La capitaine au charisme inégalable avait fait taire les plus récalcitrants, et apaisé les convoitises… La Vierge des Ressacs voguerait encore longtemps dans des eaux paisibles, la mutinerie avait été évitée par la répudiation pure et simple du vampire Vlad, et la corsaire russe avait gardé sa place derrière le gouvernail.

Un air sombre fronça ses sourcils à la pensée des siens. Les pirates ne brillaient certes pas pour leur loyauté, mais tous étaient plus ou moins des criminels. Le confort d’une opposition trop sceptique et douce les avait rendus mous, et faibles. Il était peut-être temps de rappeler à l’ordre de la piraterie que le danger les guettait autant que la gloire. Après tout, n’étaient-ils pas plus vampires que lui, ces hommes et femmes qui ne vivaient que grâce aux poches qu’ils vidaient et aux possessions qu’ils dérobaient ?
Silencieusement, il se laissa tomber le long d’une gouttière jusqu’au sol jonché d’ordures qui clapotaient à la surface détrempée du trottoir. Le ciel était à son image aujourd’hui, lugubre et misérable. Ses lourdes bottes trouvèrent le sol dans un bruit mat. Il lança un regard luisant autour de lui pour constater avec satisfaction les alentours déserts, et s’engouffra dans l’impasse qui descendait en pente douce jusqu’à un unique bâtiment.
La bâtisse était miteuse, ses murs de crépis se désagrégeaient à vue d’œil. Du peu de fenêtres encore intactes se dégageaient les ombres de crasse et de lambeaux de rideaux qui n’arrêtaient plus la lumière.  La porte vibra lorsqu’il l’ouvrit, et une vieille clochette rouillée tinta son entrée. A l’accueil, un homme d’une quarantaine d’années, mais qui en paraissaient vingt de plus avec sa chevelure grisonnante et ses yeux fatigués, leva les yeux vers lui et parut stupéfait, mais une fraction de seconde après, se détendit et le salua.

« Bonsoir Mme Mercier, votre chambre a été nettoyée. » Le coin des lèvres du strige s’étira légèrement, et il hocha la tête en prenant la clef que lui tendait le patron, avant de se diriger vers l’escalier. « Belle journée ! » Lâcha l’homme en se replongeant dans la lecture sans doute passionnante de son magazine de sport, tandis que le vampire montait à l’étage. Un coup d’œil sur la clef lui apprit le numéro de sa chambre. 1408. Il y entra, posa sur la table de chevet le sac à dos, et s’étendit de tout son long sur la paillasse mangée aux mites.
Un grognement s’échappa de sa gorge, ce lit était plus inconfortable encore que ceux des cabines de la Vierge, et ça n’arrangerait rien à son corps malmené par sa chute, mais il faudrait s’en contenter. Se plaindre de l’hôtellerie était un luxe qui ne lui était pas permis, il espérait qu’au moins cette Mme Mercier allait bien vite arriver, et serait à son goût. Il avait faim… Depuis sa fuite, il ne se nourrissait pas beaucoup, préférant ne pas laisser trop de traces de son passage derrière lui. La résilience des sang-pur pour l’appel du sang était un atout indéniable, en plus de leur permettre d’être plus capricieux sur leur repas. Et puis… il réservait de toute façon ses crocs pour une proie bien particulière. Des cerclades rougeâtres habillèrent son iris brûlant de colère. Il avala sa salive, pouvant encore sentir contre lui la chaleur de cette femme, son parfum, le goût de son sang dans sa gorge. Il lui tardait de la revoir en chair et en os, de replonger en elle la puissance de son courroux, de déchiqueter son air hautain et suffisant. Elle avait fait de sa vie l’enfer qu’il était aujourd’hui, mais Vlad Chinokami n’était pas le bon vampire à contrarier. Chaque coup qu’on lui infligeait, il savait le rendre, et visait très souvent au plus juste, tout comme lors de leur dernière rencontre… Un air étrangement paisible s’était installé sur son visage en repensant à la délicieuse torture qu’il s’était permis de lui infliger. Ses cris, ses suppliques attisaient d’odieux fantasmes en lui, ses petites dents se refermant sur sa lèvre, sa résignation. Son corps angélique était certes moins généreux que ce qu’il appréciait d’ordinaire chez ses partenaires, mais musculeux, ferme, formé au combat, tout en conservant les délicates courbes de Vénus.

Après quelques minutes de rêverie, le vampire se redressa. Le temps des réjouissances viendrait, mais pour le moment, il avait du travail. Il attrapa le sac à dos et en sortit les documents. La première feuille comportait la courte liste des sang-pur visés par les chasseurs. Son nom y figurait à la suite de celui d’une femme. Il se souvenait peu d’elle, ne l’ayant rencontrée qu’une seule fois lors d’un banquet organisé par des amis de sa famille. En y repensant, ce devait être très peu de temps avant sa fugue, mais il n’en avait gardé qu’un bref souvenir de beauté et d’intempérance. Une très belle vampiresse, comme toutes celles de son espèce, un brin détraquée, et ce devait sans doute être la raison de sa présence sur cette liste. Âgée, bien plus âgée que lui, et de ce fait plus dangereuse. Ce n’était pas après elle qu’il en avait, mais plutôt à l’humain dont elle avait très récemment fait son jouet… Ses mains d’albâtre ôtèrent de leur porte-document les feuillets qui l’intéressaient. Vlad les parcourut rapidement mais s’attarda davantage aux photos qui accompagnaient le dossier. Hmm, à croquer, songea-t-il en reposant le cliché. Il n’avait pas encore décidé s’il ferait de cette cible un repas, mais s’apercevoir qu’elle paraissait tout à fait délicieuse n’ajoutait que du piquant à l’affaire. Après avoir pris connaissance des informations de base et des adresses, il remit les documents dans le sac et reposa celui-ci au sol. Il attendait le lendemain avec une impatience non feinte, enfin il allait bouger et avoir l’impression de faire quelque chose. Au même moment, les planches de bois pourri claquèrent dans le couloir. C’était intriguant à quel point la situation avait l’air normal. Envoyée en voyage d’affaire dans cette ville miteuse, la boîte n’avait sans doute pas le budget d’offrir des hôtels convenable à son employée, ou peut-être réservait-elle ce genre de fonds à des cadres aux plus hautes responsabilités et certainement mieux payés. Il avait fallu se lever tôt ce matin, et la fatigue commençait à peser, du moins c’est ce qui ressortait du posé lourd et éreintant des talons hauts sur le parquet. Une odeur de vieille eau de Cologne bon marché retroussait les narines frileuses à plusieurs mètres à la ronde et filtrait même à travers les murs fins et délabrés de l’établissement. Une voix éteinte dialogue avec elle-même, pestant contre l’injustice de la vie, le mauvais temps et l’infect canard laqué qu’elle venait d’engloutir. Le loquet claqua. La porte de la chambre s’ouvrit doucement… Il fait sombre, un œil humain ne peut y voir. Tâtonnant jusqu’au lit, la pauvrée se débarrasse de ses pénibles escarpins et fond sur la couverture poisseuse. Un éclair fulgurant zèbre la pièce l’espace d’une seconde, révélant la silhouette comminatoire du second occupant.


~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~



Une semaine depuis son escapade sur les affluents de la Tamise. Les infos perçues chez feu la traîtresse informatrice avaient permis au vampire de mener toutes les recherches qui lui étaient nécessaires. Sa proie menait une vie vide et plate. La semaine lui avait semblé extraordinairement longue. Les jours se succédaient dans une lancinante et navrante routine. Des allers et retours entre maison et boulot, peu de rencontres. Le dernier jour, il avait failli ne pas résister à l’envie de se montrer sans artifice, juste pour donner un coup de peps à son existence, mais il était trop tôt pour agir. Ce moment viendrait sûrement, pour l’instant, il lui avait fallu rentrer sur Arméria, songeant déjà à la difficulté que ce serait. Curieusement pourtant, il avait passé sa meilleure nuit depuis des lustres.

Le vaisseau l’avait amarré le soir suivant, sans jamais avoir su qu’il était à son bord, et Vlad avait retrouvé avec morosité les rivages sinistres de l’île secrète. Il fallait être fou, ou bien très téméraire pour revenir ici, si proche du quartier général de ceux qui avaient juré son trépas. Vlad était sans doute un peu des deux, mais c’était surtout un fugitif en colère, un laisser pour compte avide de vengeance, un traqué fier qui comptait bien rétablir l’ordre des choses, et faire savoir au monde ce qu’il en coûtait de le prendre pour cible.
Il ne manquait plus que quelques pions à placer, et la partie pouvait commencer.

Une nuit, une rue, une pluie battante. Le souvenir de ces derniers mois ne pouvait en être que plus intense, et une charmante impression de déjà-vu avait appuyé sa confiance en lui. Il marchait d’un bon pas vers une destination que lui seul semblait connaître, sans rien pour pouvoir l’arrêter. A tête découverte, comme pour provoquer ceux qui se terraient dans l’ombre, prêt à lui sauter dessus. Il les invitait le regard haut, les bras ouverts, et cela semblait suffire à les dissuader d’approcher. Après tout, il n’était pas armé. Un coup de fusil, et c’était réglé, et alors qu’on se décide, que le frisson du meurtre nous chatouille, qu’on s’apprête à appuyer sur la gâchette, alors le doute survient. Et si…
Et si cet homme s’était soudain tourné vers nous, et si son regard vous avait transpercé, éradiquant toutes vos convictions sur cette proie que vous aviez déjà fait vôtre, et si vous aviez senti votre corps vous lâcher, désobéir à votre conscience, mourir un peu sans cesser de respirer, et si vous aviez soudain l’irrépressible envie de vous tirer une balle à bout portant en plein cœur…

Un puissant coup de feu retentit dans le silence de la nuit, couvert par un menacant coup de tonnerre. L’odeur acide de la poudre, le bruit de la chair qui éclate et des organes qui dégoulinent hors de leur habitacle, le goût satisfaisant du sang et du triomphe sur des lèvres qui s’étirent en un belligérant sourire. Un de moins, songea-t-il en reprenant sa marche vive.
Après une longue heure de recherche, il le sentit enfin. Il était à parier que sa présence ne lui avait pas non plus échapper, aussi le vampire se dissimula-t-il dans l’ombre, patient, prudent peut-être, voulant d’abord observer sa proie. Diable, qu’il était beau. Si on le lui avait dit plus tôt, peut-être aurait il écourté sa filature sur Terre. Même pour l’un de sa race, le transformé incarnait tout ce qui plaisait à Vlad, des traits fins et juvéniles, mais matures et sobres. Une froideur de marbre, masque impossible à franchir, le jeune homme semblait inatteignable, imperturbable, et le défi n’en était que renforcé. Son regard de braise le cherchait. Les jeunes vampires étaient affamés, toujours affamés. De sang ou d’autre chose, ça serait à lui de le deviner, mais il percevait chez son cadet cette inanition, cette soif. Il n’avait qu’une envie, lui donner ce qu’il voulait. Se donner, pour être plus précis, abréger son attente, s’annoncer tel le messie que tous attendaient. Au moment où il allait bouder l’ombre pourtant, un facteur inconnu survint.

Derrière le porche de la maisonnée où le jeune dépressif avait trouvé refuge, une silhouette encapée s’approchait. Le vampire ne devait pas l’avoir senti, tout aux aguets qu’il était, car il s’attendait à voir jaillir le sang-pur, la menace première présente aux alentours, et non pas un simple voleur à l’arraché. Ce fut pourtant celui-ci qui frappa le premier, et agissant d’un coup, il asséna un grand coup de batte au désincarné avant de lui voler sa veste et de s’enfuir à toutes jambes.

Par chance ou par convenance, le pathétique briguant fila droit dans la ruelle où, patiemment, le spectateur s’était posé. Il remarqua à peine Vlad, ne s’arrêtant même pas pour l’observer, et voulut le contourner, mais le strige ne comptait pas se laisser ignorer même par le plus aveugle des imbéciles. Non, ce soir il était présent, corps et âme déployé, et tous sauraient, du fond de leur lit, que sa menace pesait sur la cité. D’une poigne puissante il attrapa la tête de l’individu qui fut instantanément arrêté dans sa course. Malgré la démangeaison de lui exploser le crâne, il ne le tua pas. Il attendit quelques minutes de voir apparaître dans l’embouchure de la ruelle la silhouette de celui qu’il attendait, celui qu’il voulait voir, celui qu’il voulait plus que tout autre chose au monde en cet instant. Quand ses grands yeux rubis apparurent enfin face à lui, ses lèvres pâles se détendirent. Lentement, il se pencha sur le misérable voleur et mordit profondément dans sa carotide afin qu’un sang chaud et abondant s’en écoule, embaumant la ruelle d’un irrésistible fumet pour tout jeune vampire qui se trouverait là. Puis il jeta le mets aux pieds de son invité. D’un revers de main, il essuya sa bouche charnue, puis tendant l'autre vers l’homme recroquevillé au sol, il salua son pair, laissant rouler sur sa langue son plus bel accent britannique.


« Greetings… »




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Samuel Altair

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Sam 13 Juin - 10:55

Le sang pur était proche et avait stoppé sa course. Tous les muscles de son corps tendu, Sam attendait. Trop occupé à tenter de prévoir les actions du vampire il ne vit pas la silhouette s’approcher. En revanche le coup qu’elle lui asséna le déstabilisa assez pour qu’il reparte avec sa veste. Pestant le jeune vampire s’élança à sa suite. Arrivé dans une allée sombre il se stoppa net. Le voleur avait été arrêté par un homme que Sam n’avait aucune envie de voir. Cette odeur, cette aura, c’était lui le sang pur. Comme si ses instincts se manifestaient, comme s’ils lui soufflaient que ce n’était pas l’humain qui pourrait lui échapper, ses yeux bleus virèrent au rouge.

Le monstre plongea ses crocs dans la chair de l’humain, sans ménagement aucun et le jeta aux pieds du petit brun. L’homme au sol était recroquevillé, gémissant sa douleur. Un haut le cœur poussa le jeune immortel à plaquer sa main sur ses lèvres. Une douleur trop familière lui tordit les entrailles. Mais au lieu de se jeter sur cette proie offerte, et s’en approcha et posa sa main sur la morsure pour stopper l’hémorragie. L’odeur du sang était insoutenable. Le buveur de sang en lui le lacérait de l’intérieur, hurlant sa colère d’être éternellement insatisfait. Mais le voleur rendit son dernier soupir, la morsure était trop bien calculée.

Sam se redressa et recula, appuyant son dos contre le mur délabré d’une maison. La pluie diluait le sang qui jonchait le sol et l’entrainait lentement dans un caniveau malodorant. Ses yeux rouges fixaient ses mains couvertes du sang de cet homme, observant les larmes du ciel les laver, comme pour prouver son innocence. Sans s’en rendre compte un de ses crocs entama sa lèvre, diffusant dans sa bouche le goût de son sang qu’il connaissait bien. Ce sang à ses yeux insipide apaisa ses instincts, occupant ses sens. Mais la douleur qui lui vrillait l’estomac ne s’apaisa pas pour autant, pas plus que la sensation d’étouffement. D’une main il desserra sa cravate avant de défaire le premier bouton de sa chemise. Son souffle était saccadé et irrégulier. Basculant la tête en arrière il appuya son crâne conte le mur, comme à chaque fois il avait l’impression de sentir à nouveau les crocs de cette femme dans sa gorge. Posant sa main à cet endroit, le bout de ses doigts commença à faire pression sur sa peau, se préparant à la lacérer pour faire passer cette sensation. Puis un souvenir lui revint, un ange inquiet qui ôtait sa main, peu désireux de le voir se faire du mal.

Cette image coupa son élan et sa main se détendit. Rapidement son esprit repensa au goût du sang de l’ange, doux et sucré, incroyablement puissant et addictif. Serrant les paupières quelques secondes, Sam les rouvrit une fois leur teinte habituelle retrouvée. Se tournant vers le sang pur avec un sourire ironique à souhait accroché aux lèvres il lui répondit enfin.

- Vous autres sang purs ne savez donc que pourrir la vie des autres ?

Se redressant le jeune vampire fit face à son ainé, son calme plus ou moins retrouvé. Son ton était loin d’être aimable, froid, mauvais peut être même, en tout cas il traduisait à merveille la rancœur qu’il éprouvait envers les vampires, surtout ceux comme cet homme.

- Je ne suis pas comme vous à me comporter comme une bête qui suit ses instincts ! Quand bien même je le ferais ça n’apaiserait pas ma soif !

Il serait volontiers parti, mais quelque chose lui disait que l’autre ne l’aurait pas laissé filer comme ça…
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Lun 15 Juin - 5:28





Danger en eaux troubles
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C’était osé, cruel, immoral même. Figé dans le marbre, Vlad observait avec compassion le jeune vampire se tortiller de douleur. Soufflant, haletant, ses gestes étaient en désaccord complet avec ses instincts, et la joute qui en résultait était des plus fascinantes. Tous crocs et griffes dehors, le monstre au cœur d’homme semblait vouloir se lacérer lui-même pour s’éviter de succomber au péché de convoitise, rejeter l'idée même de ce qu'il était. C’était à tous niveaux navrants. Navrant pour lui-même, navrant pour l’indicible spectateur, navrant pour celui qui lentement se mourait au centre de la scène.

Alors le sang prit la teinte de la mort, et éteignit le feu dévorant au sein des entrailles de l’être. Un effluve doux-amer flotta un instant dans l’air, occupant soudain toutes les pensées du borgne, qui s’épargna une seconde la vue pour profiter de l’indélicate senteur. Celle-ci disparut bien vite entre les lèvres cornées de l’assoiffé, déridant un sourire sur celles du tortionnaire, qui se mut rapidement en une perplexité polie. Haussant un sourcil, le grand vampire en était toujours à se demander s’il avait bien entendu ?

Un pas après l’autre, presque théâtralement, il s’approcha, laissant son unique iris tomber sur le tas informe de chair que la ville avait déjà commencé à digérer.


« Une bête ? » Demanda-t-il calmement. Il s’abaissa lentement auprès du festin de nécroses, puis poursuivit doucement, toujours sans un regard pour son hôte. « Regarde-toi. Tout ton être réclame d’être rassasié de la vie qu’il a perdue, tu sues l’envie par tous les pores. Tes mains rêvent d’étriper ce cou et d’y planter tes nouvelles armes, je n’ose imaginer les fantasmes de sauvagerie qui défilent dans ta tête… » Il releva le menton vers le torturé, et lui accorda un sourire entendu. « Et tu as l’indécence de te croire meilleur que nous ? » Ses jambes se déplièrent sous lui en un gracieux mouvement. Sa main se referma à temps sur un vêtement qu’il ôta sans force des doigts raidis du défunt. Il l’épousseta brièvement, et bien inutilement, considérant que la veste nécessiterait les soins du pressing au vu du sang et de la pluie qui la souillaient, puis il la lança vers son propriétaire, ne lui imposant pas sa présence à moins de trois mètres. « Pourtant, tu es là. » Reprit-il de sa voix traînante et délicieuse. « Tu n’es toujours pas asséché au fond d’une crypte. Il faut donc en déduire qu’il y a des proies qui méritent ton attention, et d’autres non. »

L’éclat d’un orage ponctua sa diatribe, donnant un charme particulièrement dramatique au soliloque que rien ne venait perturber. Ni les gouttelettes d’eau qui perlaient de sa frange déstructurée, ou lui coulaient dans le cou, ni les coups d’œil gênés des quelques passants dans la grande rue qui remarquaient à peine la scène dans la ruelle. Personne ne regardaient plus d’une seconde ou deux après tout. Il y avait trop de mystères qui nous entouraient, trop de désillusions, si bien qu’on ne prêtait plus son intérêt qu’à ses propres petites affaires.

Vlad ne put réprimer un rire, plus à son attention qu’à celle de moquer son pair, que la gorge semblait démanger.
« Tu la ressens, n’est-ce pas ? La brûlure de la Soif. Etait-ce douloureux aussi, avant ? Avoir faim, avoir soif, est-ce que la nourriture apaisait tes entrailles comme le fait la morsure ? » Il était sincère, on ne peut plus sincère dans ses questionnements. Il n’avait jamais connu le goût des aliments, la gorgée d’eau qui délivre un gosier sec et avide de liquide, la bouchée délicate d’un plat en sauce qui laisse dans la bouche son appétissant arrière-goût. Parfois, il se permettait la folie de goûter aux fruits. Il aimait les fruits, frais, croquants, sucrés. Mais la réponse, il la connaissait. Ils la connaissaient tous les deux. D’après ses recherches, l’homme n’avait jamais manqué de rien dans sa vie humaine, il était fort improbable qu’il ait jamais connu la faim, et quand bien même, rien n’était comparable au désir de possession inhérent aux bipèdes de la nuit. Rien.

« La vérité, c’est que ce n’est pas une question de sang. » Il poussa du pied le cadavre pour tourner son visage à jamais éteint vers le ciel. « Ca n’a… jamais… été une question… de sang. »





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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Sam 20 Juin - 23:30

L’inconnu rendit son dernier souffle sous ce ciel qui serait probablement le seul à le pleurer. Une victime de plus de l’égoïsme des immortels. L’hémorragie fini sa progression, teintant l’eau jusqu’au caniveau. De la ruelle sombre émanait une atmosphère oppressante qui n’incitait pas les passants à s’y aventurer. On y distinguait des silhouettes mais on détournait les yeux de suite étrangement, comme s’il était défendu de s’y intéresser.

Le jeune vampire ne quittait pas son aîné des yeux, à l’affut du moindre comportement menaçant. Récupérant la veste volée le sang pur la lança à son propriétaire, prenant soin de ne pas venir trop près. Ce n’était probablement ni par respect, ni pas crainte, de plus ses intentions était encore inconnues.

Sam rattrapa sa veste sans mal, elle était trempée et souillée de sang et de l’eau sale qui envahissait la rue. Un simple passage en machine ne serait probablement pas suffisant. Le reste de sa tenue n’était pas beaucoup mieux. La pluie imbibait sa chemise blanche qui lui collait à la peau de manière très désagréable, ses pieds reposaient dans des chaussures et des chaussettes détrempées, de même que son pantalon. La pluie ruisselait sur ses mèches brunes, goutant sur son visage et glissant le long de sa mâchoire. Un temps aussi beau qu’il était content de cette soirée.

A mesure que l’inconnu parlait la mâchoire du petit brun se crispait, son regard se durcissant et traduisant tout l’amour qu’il éprouvait pour les représentants de sa race.

- Tu te trompes, je n’ai jamais souhaité déchiqueter qui que ce soit…

Un sourire mauvais étira ses lèvres.

- Sauf cette femme, je lui aurais bien arraché la gorge, ou le cœur…

Sa voix prononçait ces paroles avec une amertume non contenue.

- Je ne me complais pas dans ce monde de sangsue, ma propre nature me répugne.

Son ton exprimait tout le dégout que lui inspiraient les actes de vampirismes, il se haïssait.

- Si j’existe encore c’est seulement parce que ce corps immortel refuse de se laisser mourir. La soif est la pire douleur physique que j’ai connue, et les instincts sont bien trop forts pour s’y exposer longtemps…

Ses yeux se posèrent sur le cadavre, un homme inutilement sacrifié.

- Je n’aurais eu aucun intérêt à mordre ce type. Le sang humain n’apaise plus ma soif, il laisse juste derrière lui un arrière-goût de frustration et de culpabilité.

Levant à son tour les yeux vers le ciel il songea un instant à cette question qui le hantait, comment se débarrasser de cette addiction ? Les derniers mots de l’autre l’interpelèrent.

- Pas une question de sang ? C’est quoi alors ? L’ennui d’une vie trop longue qui vous pousse à pourrir celle des autres ?

Son ton était moqueur. Avec un soupir il fit quelques pas vers le bout de la rue, il n’avait aucune envie d’écouter les inepties de cet homme qu’il détestait déjà. Néanmoins il fit en sorte de le garder dans son champ de vision. On ne sait jamais avec ces bêtes-là. Soudain des bruits de voix se firent entendre dans la rue d’à côté. Son ouïe développé capta quelques mots, ça parlait de primes et de vampires. Il fit rapidement le rapprochement. Se tournant vers l’autre vampire il le regarda, en colère cette fois.

- T’as rameuté les Hunters ?!

Sans attendre de réponse il sauta sur un container à ordures et se hissa sur les toits grâce à un balconnet. S’il n’avait rien fait pour être leur cible, les croiser ne le tentait pas du tout. Surtout si on le trouvait en compagnie de ce type louche. Bon sang mais pourquoi ne pas être resté à la pension tranquillement ?!
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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Mer 24 Juin - 7:55






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Il se tenait à bonne distance de lui, prenant garde de ne pas pénétrer trop brusquement cet espace vital propre à chacun, encore que, le simple fait d’être dans son champ olfactif pouvait s’apparenter à une intrusion. A tort ou a raison cependant, et malgré toutes ces savantes précautions, le jeune vampire était tendu, angoissé par l’envahissante présence de son pair qui n’avait pas besoin d’expliciter l’évidente menace qu’il représentait. Vlad avait pris le parti de faire les cent-pas sous le déversement du ciel qui ne se calmait pas depuis que le soleil s’était éclipsé. L’eau de pluie fraîche et tonifiante ne le dérangeait pas outre mesure, cela ferait même un bien fou à ses vêtements sales et poisseux qu’il n’avait pu changer depuis son retour sur Arméria. Il avait bien essayé de trouver quelques infortunés qu’il aurait pu dépouiller de leurs atours, mais dans la capitale insulaire, soit personne ne dépassait le mètre soixante-dix, soit la mode était aux fautes de goûts impardonnables, et Vlad Chinokami ne pouvait se contenter de frusques dépareillées qui ne mettraient pas en valeur sa singulière beauté.

Le temps s’était alors fait pressant, et il lui avait fallu se hâter pour ne pas manquer son imminent rendez-vous avec la créature de la nuit qu’il avait à présent sous les yeux. Ce n’était donc pas vraiment de son habituelle élégance qu’il gratifiait le petit brun ce soir, mais son apparence racontait mieux son style de vie de ces dernières semaines. Il ne s’embêtait pas de faux-semblant, il n’en avait pas le temps. Au moins était-il habillé, et parvenait tous les soirs à trouver un toit. Il ne mangeait pas à sa faim, mais ça, ça n’était pas une question de moyens… Plus sa soif grandissait, plus sa raison se rongeait, plus ses pouvoirs se décuplaient. Ce jeune-là devait l’avoir appris à ses dépends. En effet, le suicide prenait un sens nouveau chez les infants, car leurs puissants instincts dévoraient bien souvent toute trace d’humanité en eux, se débattant jusqu’au bout pour s’approprier ce que tout leur être réclamait avec violence. En état de manque, ils devenaient de véritables bêtes meurtrières. Même le plus noble des sang-pur perdrait toute notion de courtoisie face à la première proie affolée, et quel plus beau spectacle que la silhouette fuyante d’une jeune condamnée s’accrochant à la vie? La promesse du repas n’est plus si évidente, n’est-ce pas ? Il faut maintenant la rattraper. Il faut maintenant la… chasser.
Peut-être était-ce dans cet état où il serait plus dangereux que jamais qu’il espérait cueillir celle qui était à l’origine de sa déchéance, et peut-être était-ce un peu trop démesuré comme châtiment. Il tardait à oublier qu’il valait mieux que cela, il n’avait aucune raison d’accorder plus d’importance à cette insouffrable Hunter qu’à aucun autre, et se força à chasser bien vite cette épineuse obsession de ses pensées.
Il devait garder son objectif en vue, mais après avoir écouté les confessions de son cadet, une étrange sensation l’avait envahi.

Était-ce vraiment si dégradant d’être comme lui ? Les mots d’une certaine gardienne lui revinrent en mémoire, n’étaient-ils que des tristes abominations aux yeux des mortels ? A entendre cet homme parler, il n’y avait aucune doute sur la question. Vlad sentit sa gorge se serrer, le privant d’un air qui ne lui était de toute façon pas nécessaire. La détresse de ce jeune infant était palpable, vivre dans la peau d’un être que l’on déteste devait être particulièrement humiliant, et ne pas pouvoir s’en débarrasser, c’était un peu comme un double châtiment. Il n’y avait pire privation que celle de ne pouvoir être maître de son destin, il le savait mieux que personne.
Le grand vampire releva vers son cadet un regard profondément empathique, teinté d’une tristesse infinie. Il se demandait si ce ne serait pas mieux de mettre fin au calvaire de cette pauvre âme en perdition, et trouver quelqu’un d’autre pour son accomplissement. Il ne ressentait pas spécialement de compassion pour le jeune homme, peut-être était-il juste fatigué d’être en conflit constant avec  tout ce qui l’entourait. Depuis sa fugue des balustrades de la Vierge, il n’avait pas croisé un seul visage amical. La confiance était devenue une denrée rare et être constamment sur le qui-vive dévorait son énergie. Alors ce soir, il n’avait pas envie de se battre, ni de se cacher. Quel droit avait-il de s’imposer dans la vie d’autrui avec tous les problèmes qui s’ensuivraient ? Si le jeunot était vu avec lui, il y avait de fortes chances pour qu’il ait des ennuis, du côté des siens comme de celui des chasseurs d’ailleurs. Vlad jeta un nouveau regard vers le cadavre et sans prendre la peine de vocaliser son départ, fit demi-tour et s’apprêta à disparaître de la vie du jeune homme, quand la suite des événements l’interrompit abruptement.

A peine le jeune vampire avait-il sorti la tête au-dessus du toit qu’une aveuglante lumière illumina tout le ciel d’Arméria. Vlad avait bondit à sa suite presque instantanément, et l’attrapa violemment par la taille pour l’attirer contre lui. Les deux hommes tombèrent lourdement au sol tandis qu’une détonation assourdissante brisait le bruissement de l’averse. L’aîné avait à peine eut le temps de plaquer ses mains contre la bouche et les yeux de son jeune congénère. Le souffle de l’explosion balaya sur eux une rafale de poussière scintillante, féerique presque. Chaque partie à nue de leur peau se déchira alors de petites coupures effroyablement douloureuses : une grenade à limaille d’argent.
La petite bombe avait élevé des nuages de poussières et du métal mortel tout autour d’eux, les privant de la vue et mordant leur chair, mais ce n’était que des petits grains volatiles, rien de bien létal. Vlad se releva, ignorant la douleur car il y avait plus urgent.
« Va, cours… » Avait-il murmuré dans la langue des immortels tandis qu’il relevait son cadet et le poussait vers le fond de la ruelle. Ne prenant pas le temps de voir si l’autre s’exécutait, il posa un genou et ses deux paumes à plat au sol, et dans un cri de rage, relâcha sa force mentale contre la terre qui s’éleva soudain, délogeant les pavés de leurs écrins, et rendant une partie de la ruelle impraticable. Plusieurs hunters se retrouvèrent blessés par ce mini séisme, mais cela ne retiendrait pas longtemps les guerriers de l’ombre, il fallait s’enfuir.

Il lui sembla courir des kilomètres. La peau de ses avant-bras et de son visage souffrait de plusieurs lésions, et il avait du aspirer un peu de l’air empoisonné car ses bronches vivaient mal chaque respiration. Il lui fallait inspirer pourtant, retrouver l’autre avant les chasseurs, car il doutait qu’ils lui laissent sa chance le cas échéant. Il ne voulait pas voir ce jeune vampire se faire tuer à cause de lui. Pourquoi était-ce important, il ne savait pas très bien, mais alors que son odorat sondait l’air alentour au prix d’horribles douleurs le long de ses voix nasales, sa course fut déviée par le parfum de son pair tout près. Il le retrouva, blessé lui aussi par le nuage de poussières d’argent, mais en vie et seul pour l’instant.
A sa vue, sa première réaction fut la colère. Avait-on idée de s’offrir comme ça à découvert à l’ennemi ? A quel moment ça ressemblait à une bonne idée de leur courir dans les bras ? Mais lorsqu’il arriva jusqu’à lui, il fut incapable de le sermonner. Sa colère s’envola au profit de l’angoisse. Il l’empoigna par le bras et l’entraîna plutôt à sa suite alors qu’il cherchait une échappatoire.
« Viens. » Son souffle était court, sa voix enraillée. Partout autour d’eux, ils sentaient la menace hunter se rapprocher et se demandaient quand ils seraient repérés, quand surviendrait la prochaine attaque. Enfin, Vlad trouva ce qu’il cherchait. Il souleva non sans mal la lourde plaque ronde qui menait aux égouts. « Allez... ! » Intima-t-il à son pair, sa voix presque réduite à un pénible chuchotement, avant de le suivre dans les souterrains et de refermer la plaque de fer au-dessus de leur tête.

Silence, obscurité… sécurité.

Vlad se laissa tomber le long de l’échelle rouillée. Il trouva lourdement le sol, son dos contre le mur, et fléchit les jambes pour s’asseoir contre la paroi. Sa main tremblante vint caresser sa gorge douloureuse. Il tentait de ne pas inspirer, mais une quinte de toux l’attaqua brusquement, et arracha à son gosier une gerbe de sang qui tinta le sol dégoulinant du tunnel où ils se trouvaient.

Quelques minutes s'écoulèrent et tous ce qu'ils entendaient furent les voix et les tambourinements des pas au-dehors. On les cherchait...


« Tu vas bien ? » S’inquiéta-t-il lorsqu’il fut de nouveau en mesure de parler. Le grand vampire se releva lentement, tenant à peine debout sous le plafond bas. Ses mains frictionnèrent son propre corps pour le débarrasser des restes de poussières métalliques. Les petites coupures parsemant ses avant-bras disparaissaient à vue d’œil, mais des picotements douloureux restaient bien présents, et lui arrachèrent un grognement agacé. C’était foutrement bien joué de la part de leurs ennemis naturels, mais qu’ils aient pu inventer une telle arme versatile rien que pour tuer les siens en masse le peinait profondément. De surcroît, ils avaient visé sans discernement un innocent sous le simple prétexte qu’il était de sa race… Fichus hunters…

L’albâtre jeta un regard vers son congénère. Maintenant qu’ils avaient été vus ensemble, c’était peut-être trop tard pour se séparer et faire comme si de rien n’était. Les hunters avaient la réputation de maintenir longtemps leur rancœur.  Au moins étaient-ils en sécurité cette nuit.
L’odeur était atrocement nauséabonde ici-bas, la plupart des impasses finissaient en puits sans fond, tout droit ouverts sur le vide où s’écoulaient les diverses déjections de la ville. Vlad y avait déjà passé quelques temps, car c’était là l’endroit le plus sûr pour un fugitif nyctalope, et même s’il ne pouvait connaître l’infinité du réseau d’évacuations, il savait où trouver certaines caches plus salubres où ils pourraient se reposer.
« Je connais un endroit où nous serons plus au sec qu’ici… » Murmura-t-il en prenant les devants.

Dans le noir, leurs iris brillaient d’une lueur surnaturelle leur donnant une prestance sans pareille. Vlad commença à arpenter la galerie afin de trouver la fameuse salle.





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Samuel Altair

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Ven 26 Juin - 0:26

A peine avait il prit appui sur le toit qu’il fut ébloui par une lumière bien trop vive pour ses yeux sensibles. Aussitôt il se sentit tiré en arrière, il s’écroula lourdement au sol et se retrouva avec une grande main plaquée sur les yeux et la bouche. Il ne comprit pas de suite ce qu’il se passait mais la détonation lui donna la réponse. Il sentit de petits éclats entailler sa chair par endroits, des blessures bénignes mais qui laissaient une sensation de brûlure bien douloureuse. Lorsque la vue lui fut rendue il observa celui qui l’avait protégé comme il pouvait de l’explosion. Le sang pur s’était relevé et dans une langue qu’il n’avait encore jamais entendu mais qu’il comprit étrangement, il lui ordonna de fuir. Un peu hébété d’abord Sam observa ce type qui l’avait aidé et les étranges morceaux de métal qui le brûlaient. De l’argent ? Les Hunters utilisaient des trucs comme ça ?!
En entendant des pas arriver le jeune vampire reprit ses esprits et se mit à courir. Pour aller où ? Il n’en savait rien, rentrer directement à la pension reviendrait à attirer les chasseurs là-bas. Et l’idée d’un affrontement dans cet endroit où des innocents vivaient ne l’enchantait pas. Et mêler Isei à ça non plus.

Il courait depuis un moment, au coin d’une ruelle il s’arrêta pour reprendre son souffle, adossé au mur. Il resta là un petit moment, tentant de se débarrasser au maximum de ces éclats de métal qui lui infligeaient des douleurs vives. Il avait par chance évité les blessures au visage grâce à l’autre vampire. Ses intentions lui étaient encore plus étrangères. Il avait clairement fait comprendre que les sangs purs étaient pour lui des êtres abjects, alors pourquoi l’avoir aidé ?

Il n’eût pas le temps de se poser davantage de questions que des pas se firent entendre à nouveau. Mais l’odeur qui les accompagnait n’était pas celles des Hunters. Le sang pur s’arrêta et fini par lui attraper le bras et l’entrainer à sa suite. Sam tenta d’abord de se dégager mais la poigne de l’autre était ferme. De plus visiblement c’était pour l’instant sa seule échappatoire…

Il suivit l’autre jusqu’à une bouche d’égout et hésita à peine avant d’y entrer. Une fois en bas il entendit les bruits extérieurs, les Hunters cherchaient toujours… Baissant les yeux il observa le sang pur. Ce dernier semblait avoir subi bien plus de dégâts, extérieurement certes il avait de nombreuses lésions, mais l’autre semblait avoir inhalé des éclats de métal. Samuel détourna les yeux lorsqu’il cracha du sang, se soustrayant ainsi un  peu à la tentation. Vu qu’il n’avait plus vraiment le choix il le suivit aussi jusqu’à une petite pièce plus… salubre. Il n’y avait qu’une sortie alors mieux valait qu’on ne les trouve pas. Le jeune immortel serait bien parti de son côté mais ses chances d’échapper seul aux Hunters étaient plus que faibles. Il ne savait pas se battre, du moins pas assez pour rivaliser avec des gens entrainés, et ne maitrisait pas ses pouvoirs.

Comme si y pensait les réveillaient, il sentit son sang bouillonner dans ses veines. Les blessures, le danger, et la puissance angélique qui décuplait ses pouvoirs déjà incontrôlable, tous ces facteurs déclenchèrent la suite. Posant sa main sur son visage le vampire vint s’adosser au mur, lutant pour contenir ses pouvoirs. Mais rapidement le décor changea, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas générer une illusion comme celle-là. Ses illusions couvraient plusieurs sens à la fois mais étaient totalement aléatoires. Ce pouvoir aurait pu être un atout considérable s’il l’avait maitrisé, mais c’était un simple handicap dans son cas.

Une ruelle sombre, une femme au sourire sadique. Quelques secondes le visage de cette femme et son rire vinrent lui rappeler douloureusement sa condition. La scène changea, un jour de pluie, des gens en noir au milieu des pierres tombales et un nom sur la stèle. Sam parvint à rompre ce charmant défilé de souvenirs rapidement. C’était toujours les mêmes. Il pesta et serra les poings avant de s’assoir pris d’un vertige. Il détestait étaler son passé comme ça, surtout devant un type qu’il ne pouvait pas sentir. Car c’était certain vu la proximité qu’il avait vécu comme lui la démonstration de ses pouvoirs.

Ses yeux bleus se levèrent vers le sang pur. Un regard droit, sans peur mais plein de haine. Il l’avait aidé mais cela n’effaçait pas son ressentiment envers les buveurs de sang. Le jeune homme ne se doutait pas un instant que ses yeux bleus, son regard droit et ses mèches brunes pouvaient rappeler aux souvenirs du vampire une personne toute autre.

- Pourquoi m’avoir aidé ? Qu’est-ce que t’y gagnes ?

Samuel doutait fortement que ce soit par charité. Mais une autre question s’imposait.

- Qu’est-ce que t’as bien pu faire pour ramener autant de Hunters sur ta petite personne ?

Son sourire était mauvais, si certains chassaient les vampires ce n’était pas plus mal. Cela éviterait peut être que d’autres humains perdent tout à cause d’eux.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Ven 26 Juin - 5:06






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Le long d’un chemin à peine épargné par l’écume des ressacs d’ordures, les deux princes de la nuit avançaient telles des ombres silencieuses. Par moment, l’entrebâillement d’une grille ou d’une lucarne donnant sur l’extérieur aspergeait les ténèbres de taches de lumière. Les voix affolées des habitants et des hunters s’étaient faites plus discrètes, mais Vlad restait à l’affût, car si nombreux qu’ils étaient ce soir, ils lui avaient démontré qu’ils étaient prêts à tout pour le cerner. Un frisson parcourut son échine en repensant à l’effroyable arme qu’ils avaient déployée, c’était presque un peu trop flatteur…

Alors qu’il évoluait, il sentait ses blessures se résorber. Sa gorge ne souffrait plus que d’un désagréable bourdonnement coriace à sa salive. Derrière lui, il sentait plus qu’il n’entendait son cadet le suivre péniblement, mais le suivre au moins. Qu’aurait-il fait de toute façon ? Fuir n’était pas une solution possible, du moins tant que les hunters grouillaient à travers la cité. L’attaquer n’aurait rien résolu, et partir seul à travers ce réseau de galeries aurait probablement signé la fin des festivités. Non, il n’avait pas le choix que d’entamer sa répulsion pour les siens, et s’acoquiner de sa présence ; question de survie…
Lorsqu’il s’arrêta, Vlad fronça les sourcils et s’approcha silencieusement. Il inspira longuement, un effluve qu’il n’avait jusqu’alors pas déceler le frappa de plein fouet. Une puissance émanant des cieux, une saveur proche de ce qu’il connaissait, la pensée que ce transformé ait pu un jour être un ange le traversa, mais il se souvint que c’était impossible. En quelques secondes, les fondations des égouts s’effondrèrent autour d’eux pour laisser place aux hauts murs distordus d’une impasse sans fenêtre sur le monde. La seule forme distincte fut celle d’une femme. Les traits familiers de la sang pur surprirent à peine le grand vampire, qui à travers ses recherches avaient découvert son lien avec le jeune homme. Mais il put sentir à travers les pensées de l’illusionniste toute la terreur, toute la haine emplir l’espace. La scène s’évapora dans un rire machiavélique et les formes se murent sur un tout nouveau décor. Un cortège funèbre…
son cortège funèbre. Plus que des illusions, c’était des souvenirs qui défilaient sous ses yeux, en son sein, au fond de son cœur. Vlad aperçut les parentes de l’infortuné. Sous leurs capes noires, il crut les voir sourire, mais c’était probablement son imagination féconde de vices… Leurs pieds retrouvèrent les immondices des galeries, et à leur gauche, le ténébreux reconnut la voie vers l’endroit qu’il cherchait… Il y entraîna son faible congénère qui s’assit d’emblée sur l’unique couche de paille et de lin.

Vlad retourna vers la seule issue de la pièce de pierre, et y installa une haute planche de bois qui engloutit toute l’embrasure, puis revint vers le fond afin de tirer d’un sac de toile quelques outils, une lampe torche, un briquet, une tablette. Il ignora proprement la première question, observant son pair, un rictus aux lèvres. La droiture des deux saphirs qui le dardaient lui arracha un petit sourire… Il ressemblait fortement à… Mais avant même que le nom ne lui vienne, le vampire se gifla mentalement.
Songer à la chasseuse maintenant ne l’aiderait pas à se concentrer. La situation était critique, et il faudrait travailler ensemble, et éviter les erreurs s’ils voulaient s’en sortir.

Il s’assit en tailleur tandis qu’il exhumait la batterie de la lampe torche, et commençait à trafiquer les fils au dos de la tablette.

Le silence ponctué de ses offices fut de nouveau brisé par la voix réprobatrice du jeune vampire. Vlad lui jeta un coup d’œil, il n’aimait pas ce sourire… mais n’en fit pas grand  cas.


« Disons que j’ai tendance à ne pas faire les choses à moitié. Je me suis mis à dos la mauvaise chasseuse, et les hunters peuvent être très… rancuniers. » Ses doigts papillonnaient sur les réseaux gravés. « Tout à l’heure, quand je disais que ce n’était pas une question de sang, ce n’est peut-être pas encore tout à fait le cas pour toi. » Son dos se redressa alors qu’il approchait de son œil l’extrémité d’un petit câble rouge. Un sourire rêveur s’était emparé de ses lèvres. « C’est… l’intimité de ce moment. Boire, embrasser, donner autant de plaisir à ta victime que tu en prends. As-tu déjà songé à l’infinie valeur de ce partage ? Le sang bien sûr est un prétexte nécessaire, tu ne survivrais pas sans… » Il l’arrima à l’un des pôles de la batterie, et termina sèchement. « Tuer, aussi, il est vrai. Un impensable tabou si tu veux mon avis, mais ce pouvoir que tu as sur la vie de ta proie… c’est une sensation irremplaçable. Certains ne peuvent simplement pas dissocier le Baiser de sa funeste finalité. En cela, ils ne diffèrent pas des meurtriers humains qui se plaisent à tuer. Pourtant dans leur cas, on ne fait pas de généralités… » Il avait terminé sur un ton amer à peine audible tandis qu’il prenait un fil bleu cette fois. « Je ne sais pas si ça t’aidera que je te dise ça, mais… ce voleur… Tu aurais pu le sauver. » Il décalotta la gaine de caoutchouc, puis l’accrocha à l’autre pôle, avant de lever son œil vers son congénère, et de poser la batterie au sol. « Surpris ? » Fit-il d’un ton mielleux. « Le mordre aurait coupé l’hémorragie à la bouche de la plaie. Ta salive sur-immunisée aurait fait le reste. » A en juger par son expression, sa… violeuse n’avait visiblement pas pris la peine de lui enseigner les rudiments de ses nouveaux pouvoirs. Vlad attrapa la tablette et maintint son doigt enfoncé contre le bouton d’allumage. « Mais peut-être que c’était inévitable. Peut-être fais-tu parti de ces monstres qui prennent la vie de leurs victimes sans discernement, et tu n’aurais pas été capable de te retenir de le vider. Après tout, tu as reçu un don, et plutôt que d’en tirer le meilleur, tu n’as fait que te morfondre et rester enfermé dans ton passé. »

L’écran de la tablette s’illumina enfin, baignant la pièce d’une faible lueur bleutée tandis que des images apparaissaient sur les cristaux liquides. Vlad alluma le briquet et le passa rapidement sur la pulpe de son index, puis toucha la tablette afin d’atteindre l’image qu’il voulait. Il reprit ensuite, d’un timbre légèrement plus doux, légèrement plus las aussi.
« J’aimerais te dire que je t’ai aidé par pure solidarité, que tu es libre de partir et de ne plus jamais me revoir… mais tu te doutes bien que je ne serais pas venu te chercher en premier lieu si je n’avais pas besoin de toi, Samuel Altair. »

Ce fut à son tour de darder son cadet d’un regard qui n’invitait pas à être ignoré. L’améthyste luisait au fond des prunelles cobalt du jeune vampire, mais ni haine ni ire n’y résonnait, juste la prestance d’une puissance insoupçonnée, d’une menace murmurée, sans qu’aucun autre signe n’annonce son exécution.
Vlad sourit paisiblement avant de poursuivre.


« Je ne suis pas en mesure de te faire du mal. C’est même plutôt l’inverse… je n’ai nulle part où m’enfuir, mes force s’amenuisent nuit après nuit, les hunters n’auraient pas vraiment besoin de me traquer pour m’avoir, il leur suffirait d’attendre que mon esprit dégénère et que je me livre de moi-même… » Dans quelle mesure ses paroles étaient vraies, il ne l’envisageait pas lui-même, mais la situation ne pouvait plus durer. Il ne pouvait être un fugitif à jamais, ça ou une prison dorée chez les siens revenaient au même, la faim en moins. « J’ai besoin d’aide. De ton aide. Il y a un mystère que je dois élucider avant de pouvoir convaincre les mi… quelqu’un, de mon innocence.»

Vlad tendit alors la tablette à Sam afin qu’il lise les pages scannées du carnet. Enfin, rien de bien lisible pour lui sûrement, mais il verrait au moins à quoi ce charabia ressemblait…


« ... Et ça ne sera pas sans danger. » Ajouta-t-il en fronçant les sourcils. Il se releva et s’étira félinement, puis tourna de nouveau son visage aux traits surnaturellement beaux vers son cadet.

« Je suis… désolé de ce qui t’est arrivé. Sincèrement. Cette sang pur t’as privé de tout ce que tu connaissais et aimais, et crois-moi, je suis aujourd’hui bien placé pour te comprendre. Mais tu as été victime d’une dégénérée, ta haine envers nous tous est irrationnelle… Tu as le droit de la détester en revanche, tout comme tu auras droit de me détester, mais tu dois apprendre à vivre avec tes pouvoirs maintenant, ou tu resteras un danger pour toi et ceux que tu chéris… »

Le grand vampire s’approcha lentement, et reprit d’un ton doucereux.

« Bien sûr, je sais me montrer généreux envers ceux qui m’apportent leur aide. »

Il posa un genou au sol près de Sam, et porta son poignet à ses lèvres. Ses crocs pénétrèrent sa chair marmoréenne, appelant le sang à son palais, et il en tendit l'usufruit à son jeune pair.

« Un avant-goût de ma mansuétude. Ca n’est peut-être pas celui que tes instincts te réclament… » Suggéra-t-il avec un rictus en coin, se souvenant de l'insidieux parfum qu'il avait perçu lorsque les pouvoirs du jeunot s'étaient manifestés… « … mais ça te soignera, et t’aidera à mieux maîtriser tes pouvoirs. Maintenant bois, et sens un peu de ma puissance couler en toi. »

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Samuel Altair

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Mer 15 Juil - 15:50

Le sang pur se fit attendre pour les réponses mais une fois décidé il s’y lança en détails. Le jeune vampire écouta attentivement. Il avait réussi à se mettre une hunter à dos qui se vengeait en ameutant toute la guilde ? Pas mal… Il répondit en suite à la question que Sam avait posé plus tôt, il ne s’attendait même plus à une réponse. Il décrivait cet acte comme un moment privilégié, le jeune homme lui n’en gardait pas un si bon souvenir… La suite le fit grincer des dents, il n’avait pas songé un seul instant que sa nature aurait pu sauver cet homme. Il ne savait d’ailleurs même pas que sa salive accélérait la cicatrisation, lui-même cicatrisait assez vite. Et s’il avait léché les plaies faites par ses crocs sur la peau de l’ange, c’était plus pour éviter de gâcher ce sang si précieux que pour refermer la blessure. L’autre semblait s’amuser de son ignorance, ce qui agaça profondément le petit brun. La suite davantage encore, comme s’il se complaisait à ressasser le passé en revivant encore et encore ce qui l’avait tant fait souffrir. Mais en vérité s’il avait tenté de maitrisé ses pouvoirs il n’y était pas encore parvenu, et c’était pire depuis que le sang d’Isei coulait dans ses veines.

Ce type l’énervait, il avait bien envie de lui faire manger sa tablette qu’il trafiquait depuis un moment. Mais il en vint enfin aux faits, à savoir ce qu’il lui voulait vraiment. Bien sûr qu’il ne l’avait pas aidé par charité mais par intérêt, les sangs purs sont égocentriques. S’il essayait d’attirer sa sympathie c’était raté, s’il avait autant d’ennuis c’est qu’il l’avait cherché. Non sans risque, raison de plus pour qu’il se passe de son aide. La suite des propos du buveur de sang dessinèrent un air désabusé sur son visage, désolé, bien sûr oui…

La suite en revanche le surprit, l’homme s’approcha et se mordit, emplissant la pièce de l’odeur tentante de son sang. Il porta la plaie près du visage de Sam, trop près pour qu’il l’ignore, ses yeux virèrent au rouge tandis qu’il serrait les dents. Il pensait l’acheter ainsi ?! D’un geste vif il repoussa la main qui lui était tendue.

- Je ne veux pas de ton sang !

Son ton se fit plus dur qu’il ne l’aurait voulu.

- Je te l’ai déjà dit, mon organisme assimile mal au sang autre que celui auquel il est accoutumé. De plus je ne suis pas le genre de personne que tu achèteras avec un peu de sang.

Il se souvint de ses premières paroles.

- Et pour ta gouverne je n’ai mordu qu’une seule personne, et il est en parfaite santé ! Ne me compare pas avec les bêtes qui ne savent que tuer pour subsister.

Plus bas il ajouta, comme s’il se posait la question à lui-même.

- En revanche je ne vois pas quel plaisir la personne mordue pourrait retirer…

Pourtant l’image d’Isei lui revint, lorsqu’il lui avait offert son sang il n’avait pas montré de peur, et ces rougeurs sur ses joues, ce soupir quand les crocs s’enfonçaient doucement dans sa chair confirmaient un peu les mots de son ainé.

- Pour ce qui est de mes pouvoirs, ne crois pas que je me complais dans mes souvenirs, je n’ai aucun contrôle sur ces illusions… Elles m’échappent et retranscrivent simplement ce qui m’a marqué… C’est pas faute d’avoir essayé de les maitriser pourtant…

Il ne ressemblait pas à la femme qui l’avait transformé, il semblait moins arbitraire. Il tentait de dialoguer alors qu’elle avait simplement imposée sa volonté. Après un soupir Samuel ajouta pour clore son trop long discours.

- Je n’ai aucune raison de t’aider, si tu as la guilde sur le dos c’est que t’as dû lui faire une sacré crasse à cette Hunter. Chasseuse ou pas si elle ne t’a pas pris en chasse dès le départ c’est qu’elle fait la différence entre les « bons » et « mauvais » de notre race. Tu t’es juste planté en beauté et je vois pas pourquoi je t’aiderai à réparer tes erreurs. Quant à ton charabia je n’y comprends rien.

Il venait d’évoquer le texte qu’il voyait sur la tablette. Posant ses doigts sur la surface il zooma pour voir de plus près. Non même comme ça rien ne semblait compréhensible. Contrairement au sang pur nul besoin de réchauffer ses doigts pour que la tablette fonctionne, son cœur battait toujours et sa température corporelle était à peine plus basse que celle d’un humain normal.
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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Jeu 16 Juil - 10:55






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Son poignet fut projeté sur le côté. Quelques gouttes de sa précieuse essence tâchèrent le sol. Vlad ne pouvait pas dire qu’il ne s’y était pas attendu. Il aurait tellement aimé se tromper cependant. Il observa son pair, l’œil sincèrement attristé, les lèvres scellées l’une contre l’autre tandis qu’il le laissait parler. Ce jeune vampire était prodigieusement furieux contre les siens, c’était indéniable, et fort peu surprenant quand il songeait à ce qui lui était arrivé. Le grand vampire s’indignait d’être l’objet d’une telle rancœur, quand il n’avait eu aucune participation à son mal-être. S’il avait été là à ce moment-là, peut-être aurait-il même tenté de sauver ce jeune humain, de détourner la convoitise de sa congénère sur des mortels plus… complaisants. Lui-même n’avait jamais conféré le Don Noir à qui que ce soit, mais il était de notoriété publique parmi les vampires que nombreux étaient les mortels qui venaient d’eux-mêmes se livrer aux crocs des sang-pur, dans l’espoir de rejoindre les rangs des infants. Personne ne savait trop dire pourquoi, mais ça arrivait. Beaucoup étaient justes des amants soucieux de vieillir et de ne plus plaire à leurs conjoints immortels. Certains humains recherchaient l’immortalité pour eux-mêmes bien sûr, mais même des êtres éternels à la haute intelligence cédaient parfois à l’intrigante étreinte de la nuit, et s’enchaînaient eux-mêmes au terrible joug du sang. Vlad ne s’était jamais trop intéressé à ce phénomène. Il voyait ces êtres malheureux comme des fardeaux insupportables. C’est qu’il était très mal vu pour les sang-pur d’engendrer un nouveau-né et de laisser la société s’en occuper. On voyait où ça menait d’ailleurs, en regardant le spécimen inculte et malpoli qu’il avait sous les yeux ! Mais au moins, ceux qui se donnaient consentaient à leur sort. Lui n’avait pas eu le choix, et avait dès lors toutes les raisons de leur en vouloir.

Non. Il lui en voudrait, certes, mais les raisons lui échoueraient uniquement. Vlad ne voulait pas de cette haine qui ne lui était pas entièrement dédiée, et il lui apparaissait de plus en plus improbable d’obtenir quoi que ce soit de ce jeune sans en venir à lui donner des raisons de le détester. Il ne voulait pas faire ça. Son cœur mort se serra dans sa poitrine, et le corsaire baissa lentement l’échine, laissant son visage disparaître sous ses mèches charbon. Il voulait d’une aide. Il voulait d’une personne qui le comprendrait, qui lui offrirait des sourires et des étreintes compatissantes. Une personne qui soit son égale, pas d’un serviteur effrayé par son statut, pas d’un pantin animé par ses pouvoirs. Une personne en qui il pourrait se dire « j’ai confiance, je ne suis pas seul »… mais il n’avait personne. Personne même qui s’en rapproche. Il était parti pour ça après tout, éviter les regards faux et les sourires encore plus faux, les courbettes, les cérémonies, les ordres et les désirs. L’image du visage de Sansa lui revint en mémoire, il aurait… tellement aimé qu’elle soit là.
La dernière tirade du vampire le ramena à la salle moite des égouts.


« Une… raison ? »

Le vampire releva lentement le visage vers Sam. De quoi parlait-il… Il ne savait rien de ce qu’il s’était passé, rien de sa situation, rien de cette chasseuse et de son obsession. Ce jugement manichéen de la part de l’adolescent le mit presque hors de lui. Il ne savait rien de ce qu’il avait vécu et le jugeait, et Vlad en aurait grogné de rage, mais l’impertinence de Sam n’était pas seule en cause. Au fond de ses entrailles, la soif grondait. Son corps supportait de moins en moins l’état d’inanition dans lequel il se forçait, et il savait que ses ressources étaient limitées. Néanmoins, il réalisait qu’il lui faudrait puiser dans ses réserves pour contrer l’insubordination du jeune insolent.
En l’affaire de quelques secondes le masque de froideur rhabilla ses traits, et son ton se fit soudain dur tandis que des éclats rubis parsemaient son iris.


« Qu’est-ce que t’as pas compris au juste ? Tu connais les sang-pur pourtant, quand est-ce que tu as pu penser une seule seconde que tu avais le choix ? » Avant que le moindre petit rat ait eu temps de réagir, Samuel était plaqué contre le mur avec la main griffue du vampire fermement serrée autour de sa gorge, ses pieds touchant à peine le sol. L’Albâtre n’avait pas eu à le forcer à ouvrir la bouche, la peur du manque d’air avait déjà agi, et il enfonça son poignet entre les crocs du petit brun, ignorant la douleur de la morsure malmenée, le forçant malgré sa volonté à ingurgiter la gorgée de jouvence qu’était son sang jusqu’à ce que la plaie se soit refermée.
Avant qu’il n’ait l’idée de tout recracher, Vlad lâcha sa gorge et empoigna sa mâchoire, empêchant ses lèvres de se détacher l’une de l’autre. L’ivoire de ses crocs étaient proches du cou du jeune vampire, comme s’il avait voulu le menacer, et sa voix rauque et profonde reprit lentement, détachant bien chaque syllabe comme des coups de tambour dans l’oreille de son captif.


« Ton corps ne peut pas rejeter ce sang, cela dit, il n’est pas exclu que ça ne soit pas à ton goût, ou que ça te… brûle un peu de l’intérieur. » Enlisant une ultime tentative de fuite du jeune brun, Vlad réaffirma sa prise sur lui avec un plus de violence qu’il n’aurait voulu, mais ses forces étaient décuplées par sa soif et il ne se maîtrisait plus aussi bien. Il poursuivit, son souffle mielleux léchant le cartilage de l’oreille de celui qui ne pouvait qu’écouter. « Certains tueraient pour avoir l’honneur que tu as reçu, tu devrais être heureux. Maintenant écoute-moi attentivement. Dans le sac se trouvent un carnet et un stylo à l’encre invisible. Tu vas enquêter, peu importe comment, sur ce que les hunters ont en tête avec le contenu que tu as vu sur la tablette. Tout ce que tu trouveras, tu le consigneras dans le carnet, puis tu iras le remettre en main propre à cette personne. » Dans la tête du brun, résonna l’image de la personne en question. « Ne te demande pas comment la trouver, c’est elle qui te trouvera. Tout ce que tu auras à faire sera de t’entailler le doigt quand tu auras réuni les informations… »

Il relâcha doucement la bouche maintenant vide de son cadet, et le regarda dans les yeux. Maître des illusions, expert de la dissimulation, rien sur son visage ne pouvait trahir sa douleur d’en venir aux mains avec celui qui avait été le plus proche de lui depuis des mois. Il avait tellement envie de s’effondrer dans ses bras, de lui faire partager sa peine plutôt que de voir ce regard si bleu, si beau, se métamorphoser seconde après seconde en une rage bien plus intense, une si incandescante qu’il était sûr qu’elle ne cesserait jamais de brûler au rythme de ce cœur battant qui l’assourdissait. Il eut peur une seconde de constater dans le fond de ces tendres prunelles, sa propre image devenir de plus en plus monstrueuse, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune trace d’humanité sur ses traits. Mais il avait décidé, il ne pouvait plus reculer de toute façon. Il lui fallait le faire s’il ne voulait pas être contraint de vivre en fugitif toute sa vie. C’était sa liberté qui était en jeu.

Après quelques secondes, ses lèvres s’ouvrirent sur un murmure doucereux.
« Tu voulais une raison de m’aider ? Elle me paraît évidente, Samuel… Faillis-moi, et un jour, une nuit, un moment où tu t’y attendras le moins, tu te réveilleras d’un long rêve avec au bout des crocs, le corps froid et somnolent de ta très chère et magnifique sœur… » Il posa sa tempe contre celle du jeune brun et ferma sa paupière. Le décor d’une chambre plongée dans la pénombre apparut. Un grand lit, un piano, quelques photos sur le mur, tout était à l’identique de la chambre de la cadette Altair, ne laissant pas douter que Vlad s’y était réellement trouvé. Sous les draps dormaient paisiblement la jeune fille, plongée dans de douces rêveries à en croire son sourire, mais dans le coin le plus sombre de la pièce, deux luisantes prunelles rouges l’observaient. La silhouette s’avança, et dans un éclat de lumière lunaire, c’est le visage de Samuel qui apparut, assoiffé, euphorique. Le frère rejoignit les draps de sa sœur et l’illusion s’arrêta sur l’image de deux crocs qui s’enfoncent dans la chair… « Tu auras son sang sur tes lèvres, et le goût du meurtre dans la bouche mais rassure-toi. Ce jour-là, je serai là pour te laisser la finir… ou bien la confier à mes soins afin qu’elle te rejoigne dans l’éternité. »

Des bruits au loin retentirent dans les galeries… Des hunters étaient donc assez courageux pour descendre ici bas ? Vlad ne s’en préoccupa pas pour l’instant, mais relâcha le brun et lui lança le sac.

« Maintenant, vas-y. Fais ce que je t’ai demandé. Et si tu révèles à qui que ce soit le contenu de ta mission, ce n’est pas seulement ta sœur, mais tous ceux que tu chéris qui en pâtiront… ton garde-manger y compris… » Le grand vampire n’avait aucun moyen de connaître la personne qui nourrissait si bien son cadet, mais il ne lui serait pas difficile d’enquêter dans ce petit village…

Lorsque la silhouette du jeune vampire eut disparu dans le couloir, Vlad posa son bras contre le mur et son front contre sa peau fraîche. Il ferma la paupière. Comment en était-il arrivé là… il se maudissait de n’avoir pu trouver d’autre solution, que sa propre infortune ait répercuté autant de danger sur ce jeune innocent. S’il lui arrivait quoi que ce soit, il se promettait de tout faire pour le sortir du pétrin, quitte à se laisser capturer par la guilde ou à confronter ses pairs. Mais il était confiant. Le jeune vampire était un prodige, les jeunes ne pouvaient d’ordinaire pas s’empêcher de tuer. Ils devaient… tuer. Ca n’était pas qu’un besoin, c’était leur nature profonde, tant que leur tuteur ne leur enseignait pas autrement. Mais celui-là était plus humain que tous les infants transformés qu’il avait rencontrés. Plus furieux aussi…

La haine n’engendrait que la haine, il le savait pourtant. Il en nourrissait une telle à l’égard de cette angélique peste qu’il était surpris qu’elle n’ait pas déménagé loin d’Arméria, dans la crainte de son courroux. Et d’un autre côté, il adorait sa témérité. Il aurait été déçu qu’elle le fuit, mais ça n’avait jamais été à l’ordre du jour, n’est-ce pas ? Il savourait tellement l’instant de leurs retrouvailles… Il avait tellement envie de la revoir qu’il lui sembla percevoir son odeur, quelque part non loin. Il lui fallut quelques minutes pour réaliser que l’effluve était bien réel, que les chuchotements des voix qui lui parvenaient clairement avaient quelque chose de familier… Qu’elle était là, qu’elle était descendue dans ces dangereuses galeries uniquement pour lui.

Vlad se redressa, un rictus inquiétant rehaussant le coin de ses lèvres. La soif et l’adrénaline le faisait trembler. Il se retourna d’un coup et brisa violemment la tablette en mille morceaux contre le mur, puis il sortit noblement de la salle sans chercher à cacher sa présence. Il fallait détourner les hunters de Sam. Le grand vampire les provoquait, faisant résonner sa puissante voix contre les murs dégoulinants, éclatait les chairs et brisait les os des malheureux qu’ils surprenaient aux détours des coudes traitres des galeries d’évacuation, s’amusait à endosser tour à tour le rôle du chat et de la souris, retardant avec un délice non feint le moment de la fatidique confrontation.



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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Mar 21 Juil - 19:01

Telle une ombre Alice avançait dans les couloirs du labyrinthe que formait les égouts. Toujours avec un pantalon noir et ses bottes, elle avait retrouvé son haut d’entrainement qui était plus pratique que les chemisiers. Les pans noirs du vêtement retenus fermement par la ceinture rouge sombre qui dissimulait un arsenal de couteaux de lancer. Deux sangles de cuir se croisaient sur sa poitrine et retenait son katana dans son dos pour qu’il n’entrave pas ses mouvements.

La guilde était de sortie, nombre de Hunters quadrillaient la ville à la recherche du sang pur et de la prime rondelette sur sa tête. Ce dernier au lieu de se faire oublier avait décidé de se faire remarquer. Qu’à cela ne tienne la guilde relevait le défis. Mais l’ange savait bien que cet affront ne visait pas la guilde mais elle.

La plupart des siens faisaient équipe par deux, sauf les rangs S qui étaient considérés aptes à des actions en solo. La chasseuse s’avançait donc seule dans un sombre couloir puant quand une silhouette se découpa face à elle. Les yeux qui la fixaient passèrent du bleu au rouge alors qu’un grondement se faisait entendre. Sourde à cette menace elle s’avança jusqu’à distinguer les traits du jeune vampire.

Elle s’était renseignée sur lui, mais le visage qu’elle avait vu sur les photos était différent de celui déformé par la haine qui lui faisait face. Il avait rencontré le sang pur et devait lui en vouloir. Oh elle était bien placée pour comprendre sa colère. Le vampire se mit en position défensive, il savait qu’elle était son ennemie naturelle. Pourtant elle continua d’avancer en levant lentement les mains en l’air.

- Tu es Sam n’est-ce pas ?

Il sembla surprit qu’elle l’appelle par son diminutif. Après tout comment aurait-elle pu savoir ?

- Tu n’es pas notre cible, mais certains d’entre nous ne font pas de différences. Je connais Isei, je sais qui tu es.

Il la dévisageait déstabilisé par cette révélation. Cette Hunter connaissait le blondinet, cela voulait dire qu’elle était de son côté ?

- Continue dans cette direction sur deux cents mètres, au croisement à gauche et continue jusqu’au bout et sort par la bouche d’égouts que tu y trouveras. Tu seras pas loin de la pension, rentre et fais toi oublier quelques jours. Dépêche-toi, le blondinet va s’inquiéter si tu tarde trop.

La jeune femme passa à côté de lui en posant une main sur sa tête pour finalement continuer sa route. Il fallut quelques secondes à Samuel pour encaisser le choc pour finalement obéir et retourner à la pension, ruminant la rage qui l’habitait.

Des cris retentirent au bout du couloir que suivait l’immortelle, quelques masses étendues traduisaient les pertes dans son camp. Enfin elle les vit, lui et un autre Hunter qui le tenait en joue. Ce chasseur était bien connu d’elle, un tireur hors pair sans pitié pour les buveurs de sang. La brune s’avança.

- Eden, toujours là quand je ne veux pas te voir… Tu viens me faucher la prime sous le nez cette fois encore ?

- Toujours aussi charmant…

Si la collaboration aurait été la suite logique des choses il n’en fut rien. Elle observa le vampire en face, il était visiblement déchainé par la soif et la colère. Mais il n’avait déjà que trop fait de dégâts parmi les siens.

D’un mouvement ample l’ange dégaina son sabre à la lame noire. Puis libérant un peu de sa puissance angélique elle plaqua l’autre chasseur au mur, lame sous la gorge. Ce dernier la fixa, choqué et écumant de rage.

- Je savais que tu nous trahirais !

La voix qui lui répondit était calme et posée.

- Je n’ai trahis personne…

Posant sa main libre sur sa tempe elle libéra ses pouvoirs pour effacer sa mémoire. Un cri de rage échappa à l’homme.

- J’aurais ta peau Eden !

Habituellement il lui fallait moins de puissance pour ce genre d’opération mais là elle devait faire vite. Supprimant son arrivée et les dernières images de Vlad de l’esprit du chasseur, elle le laissa étendu au pied du mur.

- Si tu veux mais pas maintenant…

Il l’avait toujours détesté.

Un filet de sang glissa de ses lèvres, roulant le long de sa gorge alors qu’elle se dressait face à son ennemi. Sabre en main elle se préparait à l’inévitable combat qui allait suivre tandis que le sceau tiraillait son dos. Ses ailes ne tarderaient probablement pas, il était déchainé et elle aurait besoin de toute sa puissance pour le maitriser. Alice avait tout de même un atout dans sa manche qu’il ignorait. Chose rare durant ses chasses, ses cheveux étaient attachés, comme la dernière fois par une petite barrette en argent. Dévoilant ainsi sa gorge si tentante pour l’affamé.

- Je t’ai manqué n’est-ce pas ?

Un sourire avait étiré ses traits, ni mauvais ni moqueur pour une fois. Comme lui elle avait longuement attendu leurs retrouvailles. Sa colère débordante s’était peu à peu apaisée à mesure que Natsu se rétablissait. Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu’il s’en tirerait à si bon compte. Il lui avait fait du mal et se prenait le juste retour de bâton. Certes, le faire se retrouver à la rue n’avait pas été dans ses plans. La Hunter n’avait pas songé que ça irait si loin. Mais elle ne regrettait pas, il saurait maintenant qu’elle n’était pas le genre de personne qu’il peut asservir, faire souffrir et provoquer à sa guise.

A présent l’ange comprenait ce que l’assassin de ses parents avait voulu faire. L’éternité est un long chemin de solitude, alors à défaut de recevoir de l’amour on se contentait de la haine. C’était déjà une preuve que l’on existe. Et Vlad était probablement la seule personne à qui elle pouvait manquer, bien que ce soit la haine qui l’anime.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Jeu 23 Juil - 12:01






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La lame d’argent trancha l’air en un sifflement strident. Vlad avait roulé au sol juste à temps pour en éviter le fil. Fichus hunters… Le frottement du métal contre le mur de pierre faisait flotter de microscopiques particules d’argent dans l’air. Rien de bien handicapant, mais cela avait le don d’agacer passablement l’affamé qui finit par en avoir marre de jouer. Donnant un violent coup de pieds dans la main du hunter, il la désarma et ne lui laissa pas le temps de se remettre. Il l’attrapa à la gorge sans qu’il ne pût rien y faire. Le corps de sa binôme flottait déjà au loin dans la canalisation qui le conduisait droit vers un broyeur à ordures. Un bruit ignoble digéra soudain sa silhouette désarticulée, et l’eau des égouts se teinta un instant d’un abondant rouge grenat, avant de redevenir poisseuse et jaunâtre. La perspective de finir comme elle arracha au chasseur d’horripilants hurlements qui se répercutèrent contre les murs humides. Vlad en était extatique. Il eut été dommage de se priver d’une si jolie voix jusqu’au bout. Se penchant sur lui, ses sens gouttèrent longuement à la tentante odeur de sa gorge. Quel gâchis, songea-t-il alors, mais céder si près du but aurait été un impardonnable affront pour celle qu’il désirait si ardemment.
Tirant un poignard de sa ceinture, le corsaire le planta vivement dans le dos du chasseur, à l’endroit de ses nerfs moteurs. Il le laissa alors tomber dans l’eau, incapable du moindre mouvement. L’homme légumifier le fixait de ses yeux exorbités, hurlant de délicieuses suppliques tandis que son corps flottait inexorablement vers son fatal destin…

Des éclaboussures écarlates se jetèrent avidement sur ses bottes lorsque le cadavre disparut sous les lames de la machine. Se détournant de la scène morbide, Vlad repartit dans un dédale de couloirs beaucoup plus silencieux à présent.
Plus il marchait plus les murs se faisaient propres et le plafond haut. Bientôt, il n’eut plus besoin de se voûter pour tenir à l’aise dans les galeries. Comptant mentalement le peu de hunters qui avaient osé s’approcher de lui et le nombre qui était de sortie ce soir pour la prime qu’il représentait, il remarqua que le lot de lâches dépassait bien plus celui des vénaux au sein de la guilde. Rien ne vint plus l’importer au cours de sa promenade, lente et assurée, dans les limbes obscures. Il ne savait plus où il était. Cette partie des égouts lui était totalement inconnue, mais le vampire ne décélérait pas. Il ne craignait pas d’annexer ces nouvelles terres. L’obscurité régnante obéissait à ses vœux. Les ombres étaient son empire. Il était le maître. Il était le sang-pur.


Un léger frottement attira son attention au loin. Le vampire s’approcha d’une faible source de lumière, et brusquement, se retrouva nez à nez avec le canon finement ciselée d’une arme en argent.


Un bref rire s’échappa de sa gorge. Celui-là n’était pas un bleu, et le flingue meurtrier qu’il pointait sur lui défiait quiconque de ne pas le prendre au sérieux. Des paroles sortirent du clapet de l’humain sans que Vlad ne s’y intéresse. Il abhorrait ceux qui ne pouvaient s’empêcher de fanfaronner devant leur proie, croyant déjà leur butin gagné. Il n’avait pas de temps à consacrer à ces âneries, mais au moment où il s’apprêtait à ouvrir les hostilités, un mouvement derrière le hunter attira son attention. L’arrogant impie se figea, fixant celle qui arrivait, du pas le plus tranquille qui se pouvait en pareille situation. Son attitude avait incité le chasseur à jeter brièvement un regard derrière son épaule.

Voyant qu’on l’oubliait, Vlad s’adossa nonchalamment au mur et observa tranquillement la joute entre les deux hunters. Il avait cru que la revoir l’aurait déchaîné, que sentir à nouveau son délicat parfum l’aurait rendu fou, mais tout le contraire se produisait. Sa colère s’était envolée, il était comme apaisé par la présence de la chasseuse, légèrement rêveur alors qu’il l’observait sans mot dire depuis son impassibilité.
Quand la lame se ficha contre la gorge du chasseur, et que ce dernier glissa au sol, inerte, le prince de la nuit haussa un sourcil perplexe, mais son attention fut bien vite rappelée par la jolie brune, à présent entièrement dévoilée dans la faible clarté de la galerie.

Un énigmatique rictus s’était installé sur sa dithyrambique beauté. Il ne répondit à la chasseuse que par un léger sourire plus prononcé, mais ne la quittait pas des yeux. Bleus, ses yeux si glaçants et irrésistibles à la fois dont il avait tant attendu le jugement. Blanche, sa peau de porcelaine fraîche et croquante… Rouge, sa bouche aux couleurs de l’envie d’où fuyait un traitre tentateur. Coupable avant d’avoir même bougé, Vlad dévorait des yeux le lit du filet de sang qui s’échouait dans le vallon de cette gorge, entièrement dégagée. La chasseuse aurait voulu le convier à se servir qu’elle n’aurait pu être plus explicite, et peut-être que s’il avait eu toute sa lucidité, l’infant se serait-il méfié.

Ce soir, il attribuait ce choix insidieux de coiffure à la nature vicieuse de la peste angélique. Il n’y avait pas d’autres explications. Quel mal y aurait-il à répondre à la provocation ? Il était là pour ça, après tout. Le vampire grognait déjà de l’envie qu’il avait de la regouter à sa vitalité… Il esquissa un mouvement en avant comme pour la toucher, comme un amant trop pressé de revoir son bien, mais il se retint. Son iris grenat ne se lassait pas de l'observer dans toute la splendeur de ses charmes, même si l'attirail qu'elle revêtait aujourd'hui n'était pas ce qui la mettait le mieux en valeur. Il ne pouvait de toute façon pas se gausser d'être mieux apprêté...

Après quelques secondes, son timbre traînant brisa le silence.


« Alice la Chasseresse… Comment aurait-il pu en être autrement, après ce nous avons vécu ensemble… » Dans l’esprit d’Alice, des flashs fusèrent soudain : son visage rougi de larmes et d’un plaisir inavouable, sa voix déliant suppliques et cris d’extase, un petit tas d’écailles glaciaires tachées de sang et jeté au sol… « Tu as aimé, toi aussi ? Je ne compte plus les nuits où je repense à ce soir-là. Es-tu venu m’en redemander ? Personne ne t’en blâmera tu sais… c’est humain, après tout. » Il avait dit cela d’un ton doux, un sourire faussement galant sur les lèvres, tendant la main vers elle en guise d’invitation, avant de fermer les doigts sur sa paume et que son visage prenne des traits indiciblement sadiques. Elle était là, enfin. Son désir et sa soif menaçaient à tout moment de briser sa raison, il était comme une bombe à retardement, maintenu en respect par le seul intérêt de faire durer le plaisir des retrouvailles.

Fronçant un peu les sourcils, l’Albâtre jeta des regards alentours comme s’il cherchait quelque chose, puis questionna.


« Je ne vois pas ton dragon… J’espère qu’il va bien. Il me tardait de pouvoir le saluer… »

Sa langue passa délibérément sur sa lèvre supérieure, se délectant de l’effet produit par ses illusions et de la délicieuse odeur de sang angélique qui embaumait tout l’espace…




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Alice Eden

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Lun 27 Juil - 10:04

Il n’avait que peu bougé, comme s’il l’observait durant tout ce temps. Alice ne distinguait que sa silhouette, surveillant ses mouvements à défaut de pouvoir distinguer ses expressions. Ses paroles arrachèrent un sourire amusé à la Hunter qui attendit qu’il ait fini son petit manège qui visait à faire lâcher ses nerfs. Pour une fois elle ne cèderait pas. D’un ton amusé elle répondit néanmoins.

- Ce que l’on a vécu ? Tu parles de ce faux souvenir ? Je n’ai jamais été du genre à m’attacher à des illusions, je l’avais presque oublié.

Sitôt qu’elle avait compris que ce n’était qu’un souvenir résultant de la magie du vampire elle avait laissé ça de côté. Une vulgaire illusion ne valait pas la peine que l’on s’y attarde. Son sourire s’étira encore davantage.

- Je ne vois pas pourquoi les humains en font tout un plat alors, ça n’avait rien d’exceptionnel… Ou alors tes talents dans ce domaine sont grandement surestimés…

Il était le genre de personne qui tenait ses talents de séducteur en grande estime, et piétiner son ego était à la fois une des choses les plus efficaces sur lui et quelque chose de follement amusant. En revanche qui parle de son dragon lui tapa un peu sur le système mais elle n’en montra rien.

- Natsu garde la maison, ça ne lui plait pas trop mais il fait avec.

Le dragonnet s’était peu à peu remis de ses blessures. Il pouvait à nouveau voler mais pas encore sur de longues distances. Pour éviter qu’il soit à nouveau blessé sa maitresse le confinait dans son appartement. La créature exprimait son mécontentement el laissant des traces calcinés sur le mobilier.

La chasseuse jaugea leur environnement, un mur d’un côté, l’eau croupie de l’autre… L’espace n’était pas assez large pour permettre un affrontement dans des conditions optimales. Mais ce n’était qu’un détail, l’atout majeur de l’ange ce soir nécessitait une indécente proximité. A condition bien sûr de le mettre en place… Il lui fallait s’éloigner de la voie d’eau et préférer le placement côté mur. De plus le vampire était à son avantage, il voyait parfaitement alors qu’elle ne pourrait se contenter que de frapper à l’aveugle. Un coup, idéalement il lui fallait placer un coup puissant et rapide, elle n’aurait pas l’occasion de les enchainer. Aussi aurait-elle besoin de toute sa force.

Inspirant la jeune femme laissa le sceau libérer ses ailes. Une douce chaleur parcouru son dos avant de s’intensifier, puis un picotement localisé avant d’avoir la sensation que cette zone ou naissait ses ailes était traversé de mile lames. Le filet de sang qui s’échappait de ses lèvres se dessina encore, glissant le long de sa peau pâle. En venir à utiliser ses ailes l’agaçait, mais elle n’était pas complètement inconsciente au point de se jeter sur un vampire affamé et en colère sans avoir mis ses chances de son côté.

Le katana en main gauche elle s’élança, portant un coup haut, puissant et rapide. Sa vitesse avait été décuplée par ses pouvoirs angéliques. Son coup était visible, bien que rapide il aurait pu l’esquiver en penchant la tête ou en parant d’une autre lame. Pourtant au moment où le coup aurait dû atteindre sa cible, seule la main d’Alice passa sous les yeux de Vlad. Elle avait lâché la lame juste avant. Sa main droite restée en retrait rattrapa l’arme, la tourna et asséna un coup puissant dans le flanc du vampire. A moins de la connaitre soi-même cette technique était imparable, elle demandait une quasi ambidextrie et incitait à une parade haute pour au final frapper plus bas. Si la lame n’était pas tournée la blessure était mortelle, ici il aurait une côté cassée ou fêlée tout au plus.

S’il allait être surprit qu’elle ait fait en sorte de ne pas le blesser mortellement, son placement était réussi. Elle se situait côté mur et non côté canal. Cette technique était une de ses plus puissantes mais avait un sérieux désavantage, elle ne permettait pas de se remettre en position défensive rapidement. Mais l’adrénaline et l’excitation du combat la stimulait, le plaisir de la chasse lorsque l’on a un adversaire de valeur.

Restait son atout majeur qu’il pouvait déjà bien voir sur la gorge dégagée de la jeune femme : son sang. Il était affamé et le sang de l’ange était amélioré par la levée temporaire du sceau. Ce qu’il ne pouvait pas savoir c’était que des particules d’argent courraient dans les veines de la demoiselle. Le test qu’elle faisait pour la guilde consistait à des injections d’un sérum aux particules d’argent. Indétectable au goût et à l’odeur, combiné à un sang tentant c’était une arme des plus efficaces.

A plus d’une injection tous les trois jours elle avait de violents maux de tête et des vomissements. Il fallait sept jours à son organisme pour éliminer tout l’argent. Mais là elle savait que ce n’était qu’une question de temps pour qu’il cède à la tentation.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: Danger en eaux troubles (Sam)   Mer 29 Juil - 11:40






Danger en eaux troubles
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Dans une stance de clarté pure, la voix de la chasseuse cassa le rythme du silence où Vlad s’était laissé bercer. Elle parlait fort, bien trop fort pour que son ouïe d’immortel ne résonne au supplice. Et les reflets de lune que vomissait une lucarne sur les remous du courant agressaient sa vue sensible à la moindre poussière. Il se décala légèrement, silencieux telle une ombre, son pas traînant calquant les respirations de sa proie qu’il guettait minutieusement. Marcher, même sans but le calmait, et le détournait de l’innommable torture que représentaient les menus blessures dont s’était affligé le corps de la hunter. Il avait alors le temps de penser. Penser au commencement de ce mélodrame de mauvais goût qui les avait inexorablement menés à s’affronter. Penser à l’ironie de la voir ici, vivante, alors que sans lui, elle ne serait plus qu’un  de ses maigres regrets, penser à sa bêtise de s’être opposé aux siens pour cette écervelée, aux succinctes, mais intenses émotions qu’ils avaient échangées.
Penser qu’elle était celle à qui il devait toute l’étendue de sa misère.

Ces derniers longs mois de solitude et de fugue éreintante, l’opprobre jetée injustement sur son nom, l’empêchaient d’éprouver la moindre compassion pour celle qui l’avait, un jour, séduit.
Un sourire mielleux dérida ses lèvres aux paroles de la divine. Le vampire laissa s’écouler quelques secondes avant que d’un ton laconique, il murmure un
« Aoutch… » Amusé, répercuté par l’indifférence de l’écho. Ces maigres gages de moquerie le laissaient insensible, mais il était d’humeur à jouer. Un silence coupa sa ronde et il fit face à l’ange. Sa langue s’enroula sur son timbre grave et terriblement suave, tandis qu’il chassait distraitement un bout de peau sanguinolente coincé sous sa griffe.

« Je comprends… Après avoir déployé tant d’efforts pour me leurrer dans ta couche, le réveil a dû être… plus que décevant… » Un léger rire ne put se retenir. « Au moins, je n’aurais pas eu à faire le sale boulot… »

A peine eu-t-il finit sa phrase que l’ambiance se fit soudain insupportablement pesante. La vue des majestueux attributs angéliques mit un instant Vlad en transe, et l’odeur de ce sang si pur était extatique. La paupière plissée pour parer les rafales occasionnées par la transformation, le grand brun se lécha les lèvres en songeant au festin qui l’attendait…
L’éclat d’argent du long sabre à lame courbe le fit frémir d’excitation. La chasseuse entra dans son espace en une fraction de seconde, mais ses réflexes étaient bien trop affutés pour qu’il ne puisse esquiver. Sa main gauche s’était déjà accommodée du manche d’un poignard d’orichalque ondulé, caché dans son dos. Il le prit à revers, voulant tout sauf risquer de verser prématurément le sang de la chasseuse, et attendit le dernier moment pour se baisser et parer le katana fondant sur lui… mais la surprise marqua soudain son visage. La lame disparut sous ses yeux, comme par enchantement, et il ne vit l’entourloupe qu’à l’instant où la kashira s’enfonçait dans ses côtes, et où un sinistre craquement témoignait des dégâts causés. Une furieuse plainte gronda dans le silence, puis le vampire disparut à son tour dans une volute sombre.

Une longue minute d’angoisse s’étira dans la galerie. Sa présence pesait toujours quelque part autour de la chasseuse sans que rien ne permette de le retrouver. Vlad se mouvait invisible dans le corps des ténèbres qu’aucune lumière ne venait délier. Ombre parmi les ombres, il faisait durer cet état incertain où il voyait  la belle chercher, impuissante, à anticiper ce contre quoi elle ne pourrait lutter. Soudain, dans un grognement primal presque irréel, les ténèbres recrachèrent sa silhouette qui s’écrasa de tout son poids sur la frêle ange, la plaquant au sol face contre terre dans un violent fracas. La chevauchant au niveau du bassin, ses genoux s’écartèrent à la limite de leur souplesse de part et d’autre de son corps pour coincer ses sublimes ailes sous lui, l’empêchant de se retourner tout en lui occasionnant une douleur qu’il ne pouvait que soupçonner, lui-même privé de toute douleur grâce à l’adrénaline qui courait dans ses veines…



« Alice… » Murmura-t-il suavement. Ses mains attrapèrent les poignets de la tueuse pour les ramener dans son dos et il les maintint joints d’une seule main. « Tu as une manière bien… personnelle de témoigner ta gratitude envers ton bienfaiteur… » Ses doigts libres parcoururent le dos et les épaules de la belle. Il fit appel à sa maîtrise des sens pour augmenter son toucher, intensifiant la douleur qu’il exerçait sur ses ailes et la douceur de ses caresses sur sa peau.

« Cela fait des semaines que je n’ai pas touché à une seule goutte de sang, dans l’attente du tien si… divin. Tu ne peux pas imaginer à quel point… je te désire. » Son visage s’enfouit contre la nuque de la belle et il inspira longuement son irrésistible parfum. Sa main se posa, délicatement d’abord, sur la jonction des ailes dans le dos de l’ange, puis exerça une pression sur l’une d’entre elle, comme celle d’un massage, mais de plus en plus fort, comme pour l’arracher du reste de son corps. Voyant avec délice la délicate peau s’étirer, prête à céder, il la relâcha juste avant que l’épiderme ne s’arrache, jubilant d’un rire sadique.

« Tu n’as jamais su t’exprimer autrement que par la violence, hm ? Si tu me tues, qui restera-il pour te pleurer, mon ange… »

Ses mots se fondirent dans un râle inaudible. Sa main s’amouracha des cheveux à présent détachés de la chasseuse et tira sans ménagement pour la cambrer au maximum contre lui. Sa paume libre s’encastra contre la gorge de la jeune fille, serrant légèrement, à peine pour lui faire ressentir une sensation d’étranglement. Il se perdit de nouveau dans le fumet invivable de sa peau où s’étirait un liseré écarlate de tentation pure, ses crocs le tiraillaient pour qu’il saisisse déjà le bien, il n’avait que trop attendu. Fermant son œil unique, sa mâchoire se referma brutalement sur la nuque de l’ange.

Pendant quelques secondes, il n’entendit plus que l’indécent écoulement du liquide chaud dans sa gorge. Les vaines protestations et tentatives de se débattre de la chasseuse lui apparaissaient comme une image de fond flou et insignifiante. Il en voulait plus, il voulait tout. La tuer n’avait jamais été dans ses projets, mais dès lors que les premières gouttes s’étaient jetées à son palais, il avait proclamé sienne l’intégralité de son essence. Perdre le contrôle était si bon… Chaque centilitre lui donnait une telle puissance, chaque gorgée, une fougue irrépressible, qu’il remarqua à peine la légère démangeaison qui naissait sur sa langue.

Totalement abandonné à son œuvre, Vlad sentit soudain une pression intense au niveau de son cœur. Il ouvrit son œil, rougi de désir et d’incompréhension, mais ses crocs restaient désespérément accrochés à leur butin. La poigne de fer s’intensifia encore, le faisant suffoquer violemment tandis que sa gorge recrachait une gerbe de sang angélique. Son corps accusa un brutal spasme qui le fit se redresser, tremblant au bout de ses bras.
« A-ah… » Un gémissement l’accompagna alors qu’il se relevait péniblement, et titubait maladroitement jusqu’au mur contre lequel il se laissa lourdement retomber, dans un état proche de l’évanouissement. Ses muscles ne le portaient plus, son corps tremblait violemment et une sueur froide avait commencé à tapisser son front. Il porta sa main à sa gorge brûlante, les picotements étaient devenus un brasier incandescent qui faisait rage dans toute sa poitrine. Vlad s’entendit gémir, mais n’était plus sûr de distinguer la réalité de son imagination. Ses griffes s’enfoncèrent dans la chair de son buste comme s’il voulait s’arracher ces organes trop encombrants, trop douloureux à supporter. Des veines noires de gangrène s’éparpillaient autour de ses yeux et de sa bouche. « Qu’es-est-ce q-que tu m’as…. f-fait ? » S’entendit-il grogner alors que le monde tombait à la renverse autour de lui. Les sons n’étaient plus que des idées abstraites, il entendait des vibrations assourdissantes danser dans son esprit, se mêler à des rires ou des cris dont il ne connaissait pas la provenance. Il vit la chasseuse bouger, ses deux grandes ailes malheureuses se redresser au-dessus de sa tête, ses pas la conduire lentement vers lui, mais la vue lui fut bientôt arrachée. Tout devint blanc, éblouissant, aveuglant. Sa pupille le brûlait à tel point qu’il aurait souhaité ne plus rien voir, il tenta d’éteindre sa vue, mais rien n’y faisait, il ne contrôlait plus. Les notions de droite ou de gauche, de haut ou de bas lui échappaient. Le sol le portait-il encore ? Etait-il allongé, debout ? Son toucher n’était plus que des chatouillements indistincts, il ne ressentait plus ni la douleur dans sa côte, ni la froideur du mur, rien… Alice avait également complètement disparu de la dimension, il ne sentait plus sa présence ou son odeur. Il n’avait plus ni de goût ni d’odorat pour définir l’espace autour de lui, plus rien n’avait de sens, seule la terreur d’être à sa merci. Il tenta de bouger, comme pour repousser tout ce qui pourrait l’approcher, mais n’était même plus sûr d’être conscient. Si, il était conscient. Conscient que son corps ne lui transmettait plus la réalité. Qu’il était peut-être à deux doigts de cesser d’exister mais ne le verrait pas, ne le sentirait pas. Et cette douleur, cette aride érosion au fond de sa gorge, cette pluie de feu torrentielle qui ne cessait de s’abattre contre son cœur et ses poumons… il voulait que ça s’arrête, il voulait que tout s’arrête…

Après un temps qui lui sembla interminable, incapable de le définir en secondes, en minutes ou en heures, enfin son vœu lui fut accordé. Un état proche du coma l’emporta, figeant son visage dans une dernière expression de souffrance intense...


 



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