Arméria Renaissance


 
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 ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~

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Vlad Himei

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MessageSujet: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Lun 1 Juin - 6:15





L'insomnie de la tristesse
A Elias...

Et le monde continue de tourner, comme s'ils n'avaient jamais été.


Peut-être était-ce cette irrépudiable réalité qui se transcrivait dans ces lignes, gravées dans le sang et les larmes. Les écrans, ces imperturbables portails vers de nouvelles réalités, répugnaient le strige à n'être que ce qu'ils étaient. Que ne pouvaient-ils faire plus, permettre du doigté l'effacement. L'oubli du renvoi à leur faible condition d'impudents... Le non-croyant y était, pourtant, étalé sur le marbre des oubliés, à embrasser la pierre comme si elle eût été vivante, malléable sous son étreinte désespérée. Roulant et déroulant sa carcasse au gré des souvenirs, les végétaux morts en avaient déserté le palier du tombeau, et le souffrant hurlait silencieusement sa peine aux seuls qui pouvaient encore l'entendre.

Un sonate, un soupir, un souffle emmuré dans le délir, un message cafleutré dans sa bouteille voguante avait atteint son but. Un baiser, une caresse, un dernier cheminement vers son coeur où liesse s'était vu bannie. Le message imprimé y était posé comme un cataplasme à son tourment, froissé par des mains impuissantes qui tentaient encore d'y arracher le moindre sentiment. L'aveu était mortel, frayant la voie au poison de la tristesse à travers l'amourachement. Fallait-il encore y succomber ? Laisser sa dernière chance à Ananké quand le destin lui-même repoussait l'évidence ?

Jamais un tel ouragan ne s'était vu naître en son sein immuable. La solitude était comme la camisole de ses ébatements. Oui, il débatait contre lui-même de ses derniers instants. Une soif intangible prenait ses tripes, et dans le mutisme de la nuit, un bruit soudain sévit.

Le feulement doux d'une chansonnette, poussée sur une voix de cristal. Des tapotements brefs de sole nue contre l'herbe courbée sous un voile de rosée. Une ombre blanche apparut dans son champ de vision. Cela devait être un spectable pour qu'elle affiche une telle mine obnubilée : un homme adulte, allongé sur une tombe, couvert de mousse et de feuilles mortes, dont le regard sec exprimait une infinie tristesse.

Du bouquet de fleurs qui occupaient ses mains, tombèrent deux chrysanthèmes. La petite se courba pour les ramasser, dévoilant dans son dos deux moignons d'ailes mutilées. Sur sa tête, une couronne de lierre, et dans ses yeux d'un bleu profond, les épreuves d'une vie entière. Le drap blanc qui la ceignait avait des airs religieux. Une enfant perdue ? La nuit prêtait sporadiquement son confessionnal à deux êtres si épars.


" Tu as mal ? " L'innocence du questionnement frappa l'infant. Mal, oui. De sa définition première à toutes les associations que l'on y faisait. Entre ses doigts, le papier frémit sous l'enserrement. " Je peux te soigner si tu veux. " Il la laissa approcher, fixant deux lueurs brillantes accrochées sur la voûte sombre qui loin là-haut les recouvrait. Deux petites mains posèrent les fleurs à côté de son visage, et vinrent ensuite tâtonner sur lui à la recherche de son coeur. Elles repoussèrent sur leur passage les mains du strige et leur message, mais docilement l'homme ouvrit ses bras, laissant libre l'accès à son organe mort. " Ca ne bat plus ! C'est ça qui ne va pas. " Confiante et déterminée, l'enfant fronça ses sourcils et se concentra. De ses paumes jaillit une douce lumière tiède, dont la pureté vint fuir sous la peau du beau vampire.
Une contraction le prit. Se pouvait-il que l'ingénuité d'une requête pût ramener à la vie ce qui n'avait plus lieu d'être ? Nouveau spasme, plus violent.
Doucement, mon enfant. Il y a une contrepartie à réveiller les morts enfouis. Un sanglot, des larmes. L'oeil unique et parme se tourna vers la petite, qui tremblottait silencieusement.

" Ca ne marche pas... j'y arrive pas... Pardon... "

Un sourire doux captura les lèvres du strige. " C'est toi qui dois me pardonner... " Il porta une main glacée sur le visage larmoyant, évadant une larme du bout de son doigt envahissant. Qu'elle était jolie, dans son habit pieux, sa couronne émeraude et ses larmes grisantes. Son dévouement à le soigner, son impuissance et sa culpabilité. Il ne fallait pas la laisser ainsi, il fallait la rassurer. Non, mon enfant, tu n'y es pour rien. Ce n'est pas ta faute, et rien n'y aurait fait. Il y a des âmes qu'il faut laisser partir, c'est ainsi. Les retenir ne serait source que de désenchantements. Alors, dans ses bras l'enfant fondit. Elle pleura les derniers centilitres de son corps, dans un chagrin sans fin.

L'homme prit contre lui sa chaleur et soudain, se vit surpris par sa délicieuse odeur. Ô combien y résister eût été lui faire déshonneur, murmura son inconscience qui déjà teintait de rouge l'auréole de sa vision. Kidnappé par son désir, le vampire fixa l'enfant, qui de ses grands yeux océans lui répondit, sans comprendre. Y succomber goulument était le plus grand péché pour un tel mets qui d'ordinaire, requérait amour et infinie patience mais... S'en fût ainsi la vie de la petite fille aimante, dont le seul forfait aura été de se confier à un vil imbécile...

Vidée de ses derniers amalgames de vie dans la gueule immonde du prédateur des nuits. Le corps mou retomba dans un bruit feutré là où, à présent, il appartenait. Le sol du cimetière se vit nourri d'une nouvelle mise en bière, ce soir-là. A peine le trou fut-il creusé, qu'avec douceur, le monstre de volupté plaça l'usufruit de son ultime repas. Alors seulement s'aperçut-il de l'horreur de son crime. De longs filins platines tombèrent à la suite du corps dans le goufre sans fond de sa culpabilité. Il y vit les deux grands yeux bleus se refermer, à jamais. Des larmes de sang accompagnèrent la chute, et avant que le corps ne fut plus en vue, le papier des mots sans sens en prit la suite, disparaissant dans une gerbe de flamme dorée.


Le petit tas de terre termina de se mouler sur le sol du cimetière. Vlad soupira, appréciant le contact vivifiant du soir sur sa peau d'ivoire. Replaçant la pelle contre le tronc d'un grand chêne, il se baissa pour ramasser au sol le petit bouquet de fleurs qu'avait laissé derrière elle la petite déchue. Les chrysanthèmes sentaient bon et se mariaient à merveille avec le décor funèbre. Occupant ses pensées à ne plus s'attarder sur le délit, il disparut dans la nuit, sans un regard derrière lui...






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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mar 2 Juin - 11:11

J’étais la gardienne de ces lieux depuis plusieurs mois. Les visites se faisaient rares, parfois on venait voir les jardins que j’entretenais chaque jour. Certains venaient fleurir les tombes, mais encore plus rares étaient ceux qui passaient au prieuré. Comme si le passé ce dette île et l’histoire de nos prédécesseurs importaient peu… Au contraire moi j’admirais ceux qui avaient tenu ce rôle avant moi et leur rendais hommage chaque jour. Portant des fleurs fraiches au pied des statues à leur image, fleurissant les tombes oubliées. Quel triste sort, finir seul dans cet endroit sans plus aucun vivant pour se souvenir que l’on a existé… Bien que je ne les aie pas connus, je refusais que ces personnes soient oubliées, leur tombe couverte de mauvaises herbes au fond du cimetière. Bien que peu joyeux c’était aussi mon devoir.

Je dormais d’un sommeil léger, la porte fenêtre menant au balcon était ouverte et laissa entrer un bruit inhabituel. Nyx réagit de suite, c’était le bruit des grilles du cimetière, étrange à cette heure-ci… Je me levais donc, ôtais ma chemise de nuit pour enfiler un vêtement correct. Vêtue d’une robe bleu pastel, je glissais un châle sur mes épaules avant de me faufiler à travers le prieuré. Passer par les jardins était bien plus long. Je sortais et prenais le chemin du cimetière rapidement j’apercevais une grande silhouette. Qui pouvait bien venir ici en pleine nuit ? Quelque chose d’inquiétant se dégageait de cet homme. Pourtant ce fut autre chose qui attira mon attention, l’infinie tristesse qui semblait émaner de lui. M’arrêtant quelques pas derrière lui je l’interpelais.

- Ta peine à l’air bien grande…

Voir quelqu’un comme ça me peinais moi aussi. Je le vis s’arrêter. Peut-être aurais-je du le vouvoyer ? Qu’importe… je poursuivais.

- Tu as un être cher qui repose ici ?

Il semblait si mal, pourtant il n’y avait pas eu d’enterrement récemment… Sa douleur était donc plus ancienne ? Je ne pouvais m’empêcher d’être triste à l’idée qu’il traine sa peine depuis si longtemps. Je m’approchais doucement mais de sorte à ne pas paraitre intrusive. S’il venait à une heure pareille c’était probablement pour être seul, je dérangeais sûrement. Mais à être là…

- Tu veux en parler ?

Certaines choses se soignes grâce à la médecine ou à la magie. Mais soigner un cœur est bien plus compliqué. C’était probablement la chose la plus longue à guérir. Et ce n’était pas en s’emmurant dans sa peine et sa solitude que l’on y parvenait. Parfois vider son sac était une bonne chose. Lui ne semblait pas du genre à raconter ce qui le fait souffrir au premier venu. Mais le fait qu’il ne me connaissait pas pouvait être une bonne chose, je ne le jugerais pas.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mer 3 Juin - 8:40





L'insomnie de la tristesse
A Elias...


Mais quelque chose a changé, un rien peut-être, un rien pourtant…

Longtemps, avait-il espéré l’entendre l’appeler, du fond des ténèbres où il l’avait rejetée. Il avait rêvé de voir son minois pétri de reproches l’absoudre au silence, sa rancœur corriger son arrogance, son orgueil lui exposer les vérités de sa bêtise. Alors, quand une voix rattrapa sa fuite, un sursaut arrêta son cœur, de nouveau.

Entre les hautes statues figure des gardiens du passé, il se figea, cénotaphe du deuil pris sur les lieux du crime. La fossoyeuse de solitude se distingua dans le coin de sa prunelle orpheline, d’où s’échappait la traîne nuptiale de l’agonie. Ne l’avait-il sentie venir ? Rien ne l’empêchait de se soustraire à son indigne audience, les fantômes errants n’étaient pas rares en ces lieux, cela n’aurait rien eu de bien choquant. Se demandant lui-même pourquoi ses pas prirent racine en cet endroit, ses lèvres se moulèrent sur des mots, sans vraiment comprendre.


« Vous m’êtes familière. Vous connaîtrais-je ? »

A dire vrai, la réponse ne l’intéressait pas plus, et comme un danseur trop pressé, sans attendre il entraîna par son seul éloignement l’indésirée compagne dans sa valse nocturne. A travers les tombes, les deux jeunes gens marchaient. Le cimetière étendait ses abysses bien au-delà de l’horizon, rien ne bougeait si ce n’était une faune noctambule propice à la trahison de la factice sérénité. Le valseur esquiva un vase renversé, qu’il replaça distraitement sur le plat du tombeau auquel il appartenait. Du plat de la main, il caressait les aspérités de la pierre qui mordirent rèchement la chair de sa paume. Le manteau rassurant de la nuit apaisait quelque peu son tourment, les pas de la suiveuse étaient si effacés qu’il aurait pu croire qu’elle l’avait délaissé, mais même en le voulant, c’était de leur enivrant parfum dont les vivants ne pouvaient l’épargner.

Pour ne pas céder à l’ennui, les lèvres de l’infant s’associèrent à une dose de tabac, dont la fumée rance fut rapidement expiée par l’alizée, et son timbre enroué paressa dans le silence.


« Je n’ai rien fait. Je veux dire par là que des péchés dont j’ai pu m’enticher, je me suis expié. Par l’aveu, par l’humilité, j’ai su reconnaître mon inclinaison à l’orgueil et à la vanité.
Il faut croire que ma trop grande indulgence aura été ma sentence. »

D’un tapotement sec, les braises tombèrent à ses pieds.

« S’excuser… Peut-être le voudrais-je, si j’en avais encore le choix. Mais le mal que l’on fait à quelqu’un a-t-il une limite ? »


Avec douceur alors, il se décida à faire entièrement face à la messagère que le réconfort lui avait envoyée. Il se présentait, vrai, comme il était. Ses larmes dévoilées, sa pâleur noble, son maintien altier.
Un goût boisé flottait dans l'air autour de la blonde enfant… Un tambourinement assourdissant martelait le calme de la nuit.


« Vous devriez rentrer. Votre cœur bat trop fort, vous dérangez les morts ! »

Murmura l’arrogant sang pur alors que ses lèvres épousaient à nouveau leur bâton de poison.

Entre douce espérance du pardon, et crainte du jugement, terrifié. L'infant fixait la gardienne, mais ce n'était pas elle qu'il voyait. Il y avait au fond de ses yeux comme le reflet d'une déesse ailée, au cheveu blond cendre et à l'iris océan. Ah, que n'aurait-il pas donné pour être à nouveau dans ses bras, sentir contre lui son ventre rond, et la petite vie qu'il y avait insufflée. Sereinement, il attendit la sanction de son aigreur, prêt à en caresser l'affliction, car c'était tout ce qui lui restait.





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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mer 3 Juin - 16:46

A sa question je secouais lentement la tête. Il ne me disait rien, je ne l’avais jamais vu.

- Non il ne me semble pas, je m’appelle Louise et je suis la gardienne du temple.

Je ne m’attendais pas à ce qu’il se présente, au contraire. L’anonymat était la seule condition pour qu’il parle, donner son nom et se confier à une inconnue n’était pas trop logique. En revanche dans l’intimité de la nuit se confier sans donner son identité puis disparaitre tel un fantôme était plus rassurant.

L’homme commença une marche à travers les tombes. Silencieuse je le suivais, respectant son recueillement et sa réflexion. J’attendais qu’il se sente prêt à parler, car je le savais il en avait besoin. Il se mit à fumer, soit disant que beaucoup de gens en ressentaient le besoin quand ils étaient nerveux. J’écoutais ses tristes paroles et je sentis un air triste s’inscrire sur mon visage. La suite était pire encore et lorsqu’il se retourna je fronçais les sourcils en voyant ses larmes. Un instant je me figeais devant ce spectacle. La suite m’indiqua que visiblement, ma réaction l’inquiétait. Quoi de plus normal.

- Je doute que ma présence dérange les êtres qui reposent ici. Je suis la seule qui fleurit les tombes des oubliés. Mais peut être que c’est toi que je dérange ? Pourtant ta solitude semble te peser…

Lentement je m’approchais de cet homme qui semblait trop fier pour pleurer et qui pourtant versait des larmes qui traduisaient si bien sa peine. Je levais ma main vers son visage pour en chasser une larme mais me ravisait au dernier moment. C’était déplacé. A la place j’effleurais sa main du bout des doigts en diffusant mon flux vital. Cette méthode me permit de comprendre ce que je soupçonnais. Mettant fin à ce bref contact je relevais vers les yeux vers lui.

- Un vampire n’est-ce pas ? Condamné à vivre au détriment des autres vies pour l’éternité… Un bien triste sort…

Je reculais d’un pas pour éviter la fumée incommodante qu’il recrachait.

- Reconnaitre vos défauts ne suffit pas à les effacer. Nous en avons tous mais je pense que le pardon doit pouvoir être accordé à tout être vivant en ce monde. A condition bien sûr d’être capable de réaliser ses erreurs et de s’en repentir.

Je marquais une courte pause avant de reprendre.

- Or tu sembles souffrir de tes actes, c’est bien la preuve que tu possèdes un cœur. Bien qu’il semble vide… Tu as l’air si seul, emmuré dans ta peine, qu’il en est presque douloureux de la voir.

Contemplant mes mains j’ajoutais sur un ton un peu triste.

- Je peux soigner les corps mais pas les cœurs…

Je levais les yeux vers le ciel. Parfaitement dégagée, la voute céleste offrait un tableau magnifique. Sans quitter des yeux ce spectacle que nous offrait mère nature je m’adressais à nouveau à ce curieux visiteurs.

- N’as-tu donc personne dans ton cœur capable d’apaiser ta peine ?
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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Jeu 4 Juin - 7:08





L'insomnie de la tristesse
A Elias...

L’âpre pitance que s’offrait le ténébreux anesthésiait ses appétences, galvaudant son odorat, ses papilles, d’un tapis de cendres amères, mais rien n’aurait pu lui faire oublier la saveur des gorgées d’enfant qui roulent dans sa gorge et tapissent son cœur. Une nouvelle larme creusa sa voie le long des joues émaciées du grand brun. Il ferma l’œil, expirant longuement l’air carbonique en espérant y voir mêlée sa douleur, mais ses messagers restaient fermement ancrés, comme faisant partie de lui.

Comme un son lointain que l’on perçoit dans une cacophonie, un toucher glacé le fit presque sursauter. Le dos de sa main résonna d’un léger frisson qui se propagea dans tout le corps. Sa vue retrouvée, il haussa un sourcil curieux pour ce que faisait la gardienne.
Le vampire joua des épaules, un brin agacé par la remarque de l’ignorante, mais ce fut sans elever la voix, que d’un sourire goguenard, il questionna.


« Devrais-je m’apitoyer, maintenant ? Je vous trouve bien présomptueuse, Mademoiselle la Gardienne, pour juger du haut de votre tour d’ivoire de la tristesse de ma condition. »

N’avait-on pas le droit d’être heureux de ce que l’on était ? Laissant flotter l’indicible dilemme dans l’esprit de l’étrangère, Vlad leva lui aussi son regard au ciel. L’astre sélénique n’était plus le seul témoin de sa peine, mais aucune autre estrade, aucun autre public ne pouvait l’ébranler. Il attendit le verdict, qui ne tarda pas à venir. Réaliser ses erreurs, s’en repentir…
La question tira un rire désagréable à l’infant, qui réitéra ses moqueries.
« Mademoiselle la Gardienne pense-t-elle que je serais ici si j’avais une telle personne ? »

Puis s’assombrissant de nouveau, le sérieux le gagna.
« Il est trop tard. »
Tellement trop tard. Pourquoi fallait-il toujours qu’il soit trop tard ? Ah, oui… Les regrets.

Prêter ses regrets au passé, nourrir des attentes pour le futur, mais dans le premier cas, on ne pouvait plus rien y changer. Alors, à quoi bon regretter ? Ce fut avec cette épine dans la poitrine que le vampire reprit la fuite. A travers les tombes, les mausolées, les saules pleurants les oubliés… Il trouva refuge entre les larmes boisées d’un de ceux-ci. Pénétrant pudiquement sous la chevelure de feuillage, l’homme fut un instant émerveillé par la beauté du lieu. Un lit d’herbe verte, un tronc doré, des lianes translucides aux reflets bleutés. Une famille de lucioles habitait la charnière d’une branche basse, enchantant l’alcôve de leurs lueurs volantes. Le vampire termina de fumer au palier idyllique. Il y entra entièrement, et comme dépassant les frontières du monde, s’invita dans ce royaume de mystères où toute notion de temps semblait s’être arrêtée.


Ici nul regret, nul attente, juste le présent.  

« J’ai un jour rêvé de tout oublier. Effacer de ma mémoire les déesses de rancœur ne fut pas compliqué, c’est là le propre du Commun que de n’avoir cure des pompeuses vanités de l’Olympe. Il est en revanche beaucoup plus dur de chasser les gentillesses non méritées. Elles, si concrètes, ne frappent que lorsque l’on s’en affranchit. »


Installant son séant sur le lit de gazon, le vampire s’adossa au tronc, et se repaît de la plénitude du silence. Un discret sourire se faufila même à travers son épais chagrin.

« Je ne méritais pas tant de générosité. Je ne méritais pas son temps, sa passion, sa souffrance. Mais je lui ai tout pris. Sans limite, j’ai puisé jusque dans les tréfonds de sa moelle afin de combler mon insatiabilité. Je me sens encore comme l’ulcère dévorant brûlant ses entrailles d’une douleur insoutenable. »

Son œil parme tomba sur Louise. Les corps, mais pas les cœurs. Vlad ne voyait pas la différence… sa douleur était physique…

« Vous êtes donc importune, et inutile... » Murmura-t-il d’un ton neutre. Toutes les blessures ne saignaient pas, certes, mais n’en mourrait-on pas de la même façon ?
A ses mots, il tira de sa ceinture une lame et s’entailla profondément le bras. Une éclaboussure écarlate gicla sur la mousse fraîche, qui comme une rapace s’abreuva voracement de ses pleurs. La douleur, forte certes, lui arracha un soupir de soulagement. Qu’il était plaisant de se sentir encore vivant. Un sentiment de liberté le grisait à mesure que le sang coulait, comme si la peine fuyait son corps, mais ce n’était qu’un écran de fumée sur une réalité immuable.

Il tendit alors à la nymphe son bras ensanglanté
. « Une raison pour vous de rester… »



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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mar 9 Juin - 11:56

Bien que ses mots soient tristes, toutes ses paroles étaient désagréables. Comme s’il faisait exprès de se montrer odieux, et j’en étais sûre, il le faisait exprès. J’avais peut-être été maladroite dans mes paroles mais il n’avait pas besoin de se montrer blessant ou condescendant. Je continuais donc de le suivre en silence. Nous nous retrouvions bientôt à l’abri sous un saule pleureur. Il s’installa et je restais debout, écoutant ses paroles. Je compris bien vite qu’il devait parler de sa dernière victime, à cette idée une étrange sensation m’enserra la poitrine. Il venait de tuer… Etrangement cela ne me surprenait pas, mais laissait une sensation d’insécurité flotter dans l’air.

La suite me fit pincer les lèvres, importune et inutile ? Mais quel mufle ! Lorsqu’il sorti une lame je me crispais, que comptait-il faire de ça ? La réponse vint bien vite. Le sang coula de son bras pour souiller le sol. C’en était trop ! Je m’approchais de lui et ma main parti toute seule, la gifle résonna dans le silence du cimetière comme si quelqu’un avait hurlé. C’était la première fois que je giflais quelqu’un.

- Qui pourrait être imbécile au point de faire ça ?!

J’avais presque crié en disant cela, désignant son bras blessé. Quel intérêt de faire ça ? Je m’agenouillais néanmoins et posais mes doigts au bord de la plaie. Aussitôt le flux vital s’échappa du bout de mes doigts pour aller accélérer la cicatrisation, qui était déjà extrêmement rapide.

- Je pense que si tu es si seul tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Tu te montres désagréable, tu crache sur la main qui t’es tendue, et je ne pense pas être la seule à qui tu réserve cet accueil. Ainsi tu fermes ton cœur et ne laisse personne l’approcher, de cette manière tu évites d’être blessé et te condamne à une solitude bien pire…

La plaie s’était refermée, je me redressais et m’installait un peu plus loin, peu habitée à la proximité des autres.

- Alors qu’au fond je suis sûre qu’il y a quelqu’un qui pourrait trouver sa place dans ton cœur. Si tant est que tu l’accepte et visiblement ce n’est pas gagné…

Je doutais qu’il laisse quiconque accéder à son cœur, ou en tout cas s’il se comportait comme ça avec tout le monde je doutais que quelqu’un insiste longtemps. Je ne pensais pas que cette situation le ravisse non plus. Sinon cette tristesse et cette solitude ne l’entourerait pas.

- Je suis sûrement inutile pour toi, mais personne ne peux soigner ton cœur sans que tu le veuille. Après libre à toi de l’autoriser à aimer, à part ça je ne vois pas vraiment comment soigner ces blessures…

A ma connaissance à part l’amour, qu’il soit amical, familial ou autre, rien ne pouvait guérir un cœur blessé. A part le temps peut être, et encore…
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mer 10 Juin - 8:31





L'insomnie de la tristesse
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Délirant au gré des vagues de la mélancolie, le regard humide du vampire vit approcher son indésirée compagne avec une pointe de déception. Il fallait toujours qu’ils obéissent, qu’ils cèdent à ses caprices. Personne n’osait le remettre en question, le rasseoir à sa place. Il claquait des doigts et on s’exécutait. Ses pincements de lèvres étaient des vœux, ses soupirs des aveux qu’il fallait à tout prix écouter. Qui, après tout, serait assez fou pour contrarier le Vampire, le Seigneur de la nuit, qui d’un coup de crocs pouvait arracher la vie au présomptueux qui oserait le défier… Personne… Personne ne faisait ça. La témérité avait ses adeptes, et ceux-ci avaient leurs limites, et ce fut fort de toutes ces convictions que l’Arrogant infant reçut de plein fouet l’exception qui confirmait la règle.

Tout sembla s’arrêter. Le vent, la faune nocturne, les étoiles parurent même se dissimuler dans la terreur qu’avait provoquée le geste de la gardienne. La gifle claqua, froide, cinglante, inattendue. Inattendue car, le vampire ne s’y attendait justement pas. Il y avait donc quelqu’un pour s’opposer à lui ? Ne pas prendre pour argent comptant ses délires et ramener à sa place son égo qui avait tendance à en prendre plus que de raison ? Malgré tout, elle convint à sa requête et soigna sa plaie, mais Vlad sut alors qu’elle ne l’avait pas fait parce qu’il lui avait demandé, mais simplement parce qu’elle en avait eu envie. Cela faisait toute la différence pour lui.
La brûlure était glaçante sur sa joue qui avait pris la teinte de la honte. Son œil exorbité fixait le sol comme s’il le voyait pour la première fois, ses lèvres entrouvertes n’y croyaient simplement pas. Une misérable mortelle venait de lui asséner la gifle la plus monumentale de sa vie, et au vu de ses petits bras, il s’agissait bien plus que de la simple force physique. A vrai dire, le coup ne lui avait pas tant fait mal que ça, ne provoquant même qu’un léger amorti de sa nuque au passage de la brutale caresse. Non, il fallait plutôt chercher du côté de sa fierté, éparpillée quelque part au fond du gouffre de l’humiliation, pour y trouver les séquelles de sa correction.

Abattu dès le premier tour, Vlad fut incapable du moindre mouvement, et dut se contraindre à écouter patiemment chaque coup de reproches plus virulent les uns que les autres que faisait pleuvoir sur lui la jeune femme. Son timbre vaporeux lui rappelait celui des elfes, ces êtres de sagesses et de savoir infini. Elle n’avait pas leur art du verbe, ni même leur éloquence raciale, mais elle s’adressait à lui comme la maîtresse parle à son élève indiscipliné, et lui réagissait comme l’enfant pris la main dans le sac. Il ramena ses genoux contre son torse, et les entoura de ses bras comme pour se protéger du monde extérieur. Sa tête s’allongea sur le support de ses jambes ainsi repliées, et son œil orphelin se mit à observer l’étrangère d’un tout autre regard. Il la voyait, à présent.
Jusqu’à maintenant, il s’était contenté de la savoir là, quelque part à papillonner autour de lui comme un moustique gênant, parfois silencieux, parfois un peu trop bruyant. Mais elle lui avait bien fait comprendre qu’elle existait, et que ce qu’elle disait n’était pas fait pour les chiens. Alors, il se mit à l’écouter. Et plus elle parlait, plus il oubliait… l’autre. La reine de ses pensées, celle qu’il était venu enterrer. Les grands yeux translucides de la petite mortelle s’imposaient à lui, l’hypnotisant hors de sa narcolepsie émotionnelle. Sa voix emplissait son esprit, il ne voulait pas qu’elle s’arrête, même si c’était pour le sermonner. Les picotements sur sa joue s’étaient évaporés, ne laissant qu’un arrière-goût désagréable de frustration.

Frustration de ne pouvoir la revoir, frustration de ne plus avoir le choix, frustration de ne pas arriver à s’exprimer, de comprendre le mal sans savoir comment le soigner, de flairer un si élogieux fumet sans pouvoir en profiter, d’être là et pas ailleurs, de ne plus voir la lumière, de ne plus avoir de lumière à chercher dans le néant de son incertitude, d’être seul, d’être accompagné, et d’être si indécis en ne pouvant que s’en blâmer.

Alors qu’elle reprenait ses histoires de cœur blessé, Vlad se mit à l’observer plus attentivement. La gardienne du temple, Louise… Pour des raisons qu’il ignorait, il se l’était toujours imaginée âgée, la peau façonnée par le temps et la sagesse. Puissante aussi, mais inaccessible, gardée jour et nuit pour assurer sa protection. Un livre à la main, un long châle entourant ses solides épaules voûtées. Le borgne sourit à sa propre méprise, celle qu’il dévisageait avec une polie retenue tranchait littéralement avec la caricature qu’il avait en tête.
Jeune, elle ne devait pas dépasser les 20 ans. Petite et frêle, diamétralement opposée aux caractéristiques que l’on pourrait d’ordinaire prêter à ceux qui devaient… « garder »… Le cheveu d’or, la peau pâle… si pâle, si fine, que le vampire n’avait aucun mal à suivre le tracé du réseau veineux des quelques bouts de peau nue qu’il voyait. Le regard curieux, vif, cultivée sans doute, mais ignorante, et assoiffée de connaissance. Les gardiennes choisissaient-elles de le devenir ?
Elle arrêta de parler, laissant un grand vide dans le cœur de l’arbre et du vampire. Il abaissa sa paupière, las. Il fallait qu’elle reprenne, peu importe pour dire quoi. Il voyait déjà les images du passé revenir le hanter, bientôt, elle serait là, elle ouvrirait ses bras, et il y replongerait comme le faible agonisant qu’il était. Parle ! Songea-t-il. Chante ! Les ordres traversaient son esprit sans qu’il les prononce, sentant sa joue le brûler comme un sourd avertissement s’il se permettait de lui manquer à nouveau de respect. Pourtant, il fallait qu’elle lui parle. Il en avait besoin, il dépendait de l’attention qu’elle lui consacrait, c’était viscéral. Alors il ouvrit son œil, s’apprêtant à faire ce qu’il faisait à chaque fois qu’il voulait obtenir satisfaction à moindre frais. Son iris luisit au fond de celle de la jeune fille, il n’avait qu’un mot à dire, et elle ne pourrait plus se soustraire à sa volonté… Aussi autoritaire et têtue soit-elle, son esprit n’aurait pas la force de s’opposer à son bon vouloir. Il pourrait la faire parler jusqu’à épuisement, jusqu’à ce qu’il se lasse de l’entendre et en soit apaisé, et le pire était qu’elle resterait parfaitement consciente, consciente de voir son corps agir sans le commander, de voir ses lèvres s’ouvrir, et sa voix résonner, sans être l’auteure de la sérénade. Au sommet de sa puissance, il lui était déjà arrivé d’épuiser ses victimes, repoussant les limites de ce que leur corps pouvait supporter, de les forcer à courir des heures et des heures sans s’arrêter jusqu’à ce que leurs poumons explosent, de les voir mourir écrasées sous des charges incommensurables que leurs muscles ne pouvaient pas porter… Tuer était bien plus subtil qu’un simple coup de poignard en plein cœur. Certains l’avaient élevé au rang d’art…
Et pourtant, étrangement en cet instant, il en fut incapable. Aucun son ne franchit son gosier. Son regard resta malgré tout accroché à celui de l’enfant, jusqu’à ce qu’un rire le prenne à la réalisation de sa propre capitulation.

L’homme allongea son dos contre le tronc à nouveau, et étendit sa nuque comme pour capter un peu de fraîcheur. Il entrouvrit l’œil, et reprit, sa tessiture n’étant plus que le prolongement du flot incessant de pensées qui dévalaient son esprit.


« Aimer inconditionnellement, ouvrir son cœur à son prochain, une bien belle utopie, n’est-ce pas ? Savez-vous pourquoi le cœur est le point faible des désincarnés de mon espèce alors même qu’il est totalement inutile à notre organisme ? Son existence est l’illustration de notre humanité. Les vampires naissent, vivent, aiment dans un unique objectif : survivre. Les sentiments n’ont aucun rôle à jouer dans nos relations avec nos proies. Pourquoi ouvrirai-je mon cœur à mes victimes alors qu’elles ne sont pas destinées à me survivre ? » Il tourna son visage vers elle, un sourire compatissant aux lèvres. « Je n’ai rien à vous envier… Vous êtes du côté des proies… » Son sourire s’affaissa. « Malgré tout, votre innocence est la plus belle chose que vous possédez. Une chose si pure et si fragile qu’il est à la fois terrible d’y toucher… et si plaisant de la détruire. » Rêveur, il laissa une minute à Louise pour digérer ce qu’il venait de proférer, puis une question lui vint.

« Comment savez-vous… tout ce que vous savez sur l’amour ? Avez-vous déjà aimé ? »




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Louise Sylfanir

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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Ven 19 Juin - 0:37

Il semblait moins arrogant, visiblement le geste qui m’avait échappé lui avait montré qu’un peu de respect n’était pas si compliqué à accorder. Je m’en voulais un peu, ce genre de comportement n’était pas dans mes habitudes, mais je ne regrettais pas, c’était mérité. J’écoutais avec patience quand enfin il brisa le silence qui s’était installé. Un petit soupir m’échappa, quel triste façon de penser. J’allais lui répondre quand un bruit feutré me fit tourner la tête. Dans l’ombre une petite silhouette s’approcha, je souriais doucement et lui adressais quelques mots dans ma langue natale. Langage que l’animal, comme tous, comprenait car il était celui que la nature nous avait légué. Ce parlé chantant rompit le silence un instant. Nyx vint se coucher contre moi et je caressais sa fourrure douce tandis qu’elle observait l’homme assis en face de nous.

Je relevais les yeux vers lui et d’une voix douce et posée reprenait.

- Une proie ? Tu divise donc le monde en proie et prédateur ? C’est un peu étroit d’esprit tu ne trouves pas ?

Je haussais un sourcil au même moment, quelle étrange vision du monde…

- Je ne t’envie pas ton statut de prédateur personnellement. Penses-tu vraiment que le chat soit plus heureux que la souris parce qu’il est chasseur et non chassé ? De plus je pense que toi-même tu dois avoir d’autres prédateurs qui te chassent, n’es-tu donc pas proie aussi ?

J’avais entendu parler que les vampires étaient parfois chassés par ceux que l’on appelait Hunters. Ces derniers protégeant les humains des débordements des buveurs de sang. Il m’avait posé une question, je cherchais mes mots un instant.

- J’ai aimé celles qui m’ont élevées, j’ai aimé mes parents et ma sœur bien que je ne les ai vus qu’une fois. Et bien que je n’aie pas grandis auprès d’eux je sais qu’ils m’aiment en retour et cette seule pensée apaise ma peine.

Marquant une courte pause je réalisais qu’il parlait probablement d’autre chose que de l’amour filial. Je rosissais un peu.

- Quand au sentiment amoureux… Je dois avouer que je n’y connais pas grand-chose. Pourtant je sais que sa seule présence remplis mon cœur de joie. Je n’attends rien en retour mais chaque jour ce sentiment m’apaise. Cette chose à la fois simple et compliquée fait mon bonheur…

Je relevais les yeux vers le vampire.

- N’as-tu donc jamais aimé ?

Quelques-uns de ses mots me revinrent en mémoire. Détruire ? Etait-ce là sa manière de s’exprimer ?

- Détruire apporte à mon avis bien moins de joie que construire. Détruire c’est éphémère. Alors que quand on crée quelque chose cela perdure. Pour un immortel c’est peut être compliqué à comprendre la notion d’avoir fait quelque chose qui nous survivra. Pourtant c’est à mes yeux quelque chose de fort plaisant.

Je lui adressais enfin un sourire. Un large sourire qui traduisait toute la sincérité de mes mots passés et à venir. Le sourire qui vient du cœur, d’un cœur en paix.

- Je suis certaine que toi aussi tu pourrais trouver quelqu’un. Une personne qui ne serait pas une simple proie à tes yeux, une personne que tu considèrerait un peu mieux que comme un simple diner. Je suis certaine qu’il existe quelqu’un comme ça. Peut-être plus près que tu ne le crois, il te suffirait d’enlever tes œillères qui te font croire à l’inutilité des sentiments. Car si tu n’en ressentais pas, tu ne verserais pas de larmes ce soir.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mar 23 Juin - 8:14





L'insomnie de la tristesse
A Elias...

Une légère odeur animale flottant soudain dans l’air invita le vampire à s’intéresser au félin qui, dans l’ombre, approchait. Les larmes du saule s’ouvrirent à son passage, déglutissant la silhouette agile qui se glissa jusqu’aux bras de la nymphe. C’était un peu trop beau, un peu trop cliché aussi pour ne pas soutirer au spectateur une lippe imperceptiblement moqueuse. Mais la présence du chat apportait un nouvel apaisement à la scène, tout ce qu’il fallait au buveur de sang, qui ferma sa paupière et se noya à nouveau dans l’envoûtante litanie de la jeune fille.

D’une inclination polie de la tête, il acquiesça aux mots de Louise. Etroit d’esprit, le ciel pouvait pâlir de jalousie face à la justesse de ces propos.


« C’est plus facile ainsi. » Murmura-t-il d’une voix éteinte. Il était incroyablement reposant d’avoir une conversation si normale avec cette jeune mortelle. C’était déjà extrêmement gratifiant de rencontrer quelqu’un qui ne vous regardait pas comme si vous alliez lui sauter dessus dans la seconde, ou qui cherchait la moindre ouverture pour vous planter une lame dans le cœur, car oui, il avait ses ennemis. Il ne prit pas la peine de répondre à cette question qui n’en demandait pas tant. Il était autant proie que chasseur, mais ça ne faisait que confirmer la vision binaire qu’il avait du monde. Et lui, au moins, ne chassait pas pour tuer… mais il y avait autre chose. Ses mots le touchaient, au plus profond de lui-même. Y avait-il toujours eu quelqu’un d’aussi droit dans ce monde de corruption ? A bien y réfléchir, depuis qu’il avait franchi les grilles du jardin des morts, Vlad n’avait plus l’impression d’être dans le même univers. Une seconde dimension où il ne connaissait personne, et où personne ne le connaissait. Où la notion de danger n’était plus. Où toutes les pensées néfastes se faisaient arrêter sur le palier, pour ne laisser que le Soi s’exprimer, sans artifice, sans coquille.

L’homme remonta ses mains sur ses bras, comme s’il avait froid, comme pour s’entourer d’une factice chaleur, en écoutant la jeune fille lui parler de ses amours. Un geste naturel qui lui rappela… ces moments où elle s’y laissait bercer. Jusqu’à l’endormissement, ils restaient là à simplement s’enlacer. Parfois, elle courberait la nuque et laisserait juste assez en vue la délicate courbe de sa gorge, feignant l’innocence de ne pas comprendre pourquoi son amant s’échaufferait soudain. D’autres, elle se contorsionnerait pour le regarder, délivrant dans ses améthystes toute l’infinie de sa beauté. Elle finirait par capturer ses lèvres, en murmurant de douces paroles qu’il n’arrivait pas à se rappeler… et finalement, le sommeil l’emporterait dans la faible obscurité de l’aube.
Un petit sourire gondola les lèvres de l’éphèbe. Alors il y avait bien une personne dans le cœur de leur secrète gardienne ? Vlad releva à son tour l’œil vers cette dernière, mais avant qu’il eût pu prononcer quoi que ce soit, elle lui retourna sa question.

Un léger craquement retentit au-dessus d’eux. Deux gargantuesques mandibules bougèrent légèrement près du haut du tronc, se détachant des ramifications boisées de l’arbre. Le vampire n’eut pas besoin de vérifier ce que c’était pour comprendre que Shabel l’avait rejoint dans son deuil.
« Quoi, toi aussi, tu veux un câlin ? » S’amusa-t-il sans quitter Louise du regard. Nouveau craquement. La bête rassembla ses pattes et rampa pour disparaître sous les feuillages où on ne l’entendit plus.

« Peut-être y eût-il quelqu’un, en effet. » Commença-t-il, le premier surpris de s’entendre se confier aussi légèrement… « C’est du passé, maintenant. Je suis venu ici pour rendre mes derniers hommages à ce souvenir, et faire qu’il en reste ainsi. »

La luisante améthyste la fixa ensuite à mesure qu’elle parlait. Son sourire s’élargit, il ne réussirait vraiment pas à la convaincre de la futilité des sentiments, visiblement. Autant ne pas s’acharner dans une guerre perdue d’avance, et puis, c’était beau à voir, l’espoir, l’illusion, les croyances. Il aurait peut-être aimé avoir le luxe de vivre aussi insoucieusement.

Rallongeant sa tête sur ses bras, il laissa son timbre profond parvenir jusqu’aux oreilles de la délicieuse enfant.


« Vous êtes une véritable ange, Mademoiselle la Gardienne. Bien plus digne des ailes-blanches que certaines de mes connaissances... » Dans ses pensées, l’ombre d’un visage harmonieux serti d’hypnotisant saphir le captiva un instant, mais fut vite chassée. L’ange condamnée n’avait pas sa place dans son esprit ce soir. « Parlez-moi de vous. Que faites-vous ici ? Qu’est-ce qui rythme les journées de la gardienne ? Et qu’est-ce que vous aimeriez … créer… afin que cela vous survive ? »






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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mer 8 Juil - 17:50

Plus facile ainsi ? C’était vraiment idiot comme manière de faire, car l’on est pas soit proie soit prédateur mais bien souvent les deux. Je s’abstins néanmoins de tout jugement.
Observatrice, je remarquais cette manière dont il s’entoura de ses bras, comme s’il avait froid, ou que seuls ses propres bras pouvaient lui offrir un quelconque réconfort. Je me redressais lentement et passait mon châle autour de ses épaules, à la fois pour le réchauffer s’il avait vraiment froid, et pour le réconforter si ce n’était pas le cas. Je reprenais ma place aux côtés du lynx qui veillait toujours, attentive aux moindres faits et gestes du vampire. Un bruit dans les branche me fit lever la tête, le familier du visiteur sûrement, un léger sourire étira mes lèvres quand la bête retourna dans le feuillage après les mots de son maitre.

Il y avait donc bien une personne qui avait eu sa place dans son cœur. Mais qu’était-il arrivé pour qu’il se retrouve à nouveau seul ? Cette personne était-elle ici, Reposant dans ce lieu d’où elle ne reviendrait jamais ?

- Cette personne… Tu veux en parler ? Je sais que se confier n’est pas toujours facile, mais ça allège d’un poids bien souvent.

Une ange ? C’était bien la première fois que l’on me disait ça. Alors comme ça il côtoyait des êtres divins, j’étais un peu curieuse car je n’avais pas encore eu la chance de faire une telle rencontre.

- Je ne pense pas non… Ces ailes blanches symbole de pureté sont à mon goût un trop lourd fardeau. J’admire ces êtres purs mais je serais incapable de vivre ainsi je pense. Ne sois pas trop dur avec eux, ce doit être difficile de vivre une éternité avec tant de restrictions. Ainsi donc tu côtoie un ange, ces êtres sont immortels, ont-ils donc eux aussi le statut de proie d’office ? Tu ne veux pas t’attacher à des mortels, mais les immortels rien ne t’en empêche non ?

Il voulait que je parle de moi ? Il n’y avait rien de passionnant à dire et c’était probablement une manière de détourner la conversation de lui. Je baissais les yeux sur les lignes rouges qui se dessinaient sur ma cheville et les redessinait du bout du doigt.

- Ce que je fais ici ? Et bien il semblerait que l’île choisisse ses gardiens et visiblement j’en fais partie… Quand la marque est apparue j’ai appris que je n’avais pas vraiment le choix et que je devais venir ici et tout laisser derrière. Enfin… C’est un endroit charmant je ne regrette pas vraiment…

Sans le vouloir le visage de Luka me revint en mémoire, s’éloignant dans le parc en tenant la main de nos parents. Encore maintenant des doutes subsistaient, ce jour-là n’aurais-je pas mieux fait de me montrer à eux ? Je chassais cet air triste de mon visage et reprenais.

- Mes journées sont assez banales, on ne voit pas grand monde ici au temple. Je m’occupe des jardins et vend la production du potager à l’épicier, je l’aide un peu et cela me permet d’avoir de quoi acheter ce que je ne peux produire. Parfois un… ami me rend visite et ces moments-là améliorent le quotidien. Je me satisfais de plaisirs simples.

J’avais un peu hésité sur le terme ami, ne sachant pas trop comment Ryû me considérait. Personnellement j’y tenais plus que ça mais mes sentiments n’entraient pas en ligne de compte.

Je posais les mains sur le sol et diffusait doucement mon flux vital, réveillant les plantes que je savais en sommeil dans ce lieux. Doucement des violettes fleurirent pour colorer un peu ce tapis de mousse.

- Tout ce que je fais est éphémère, comme moi. Pourtant je sais que la beauté de la nature met un peu de baume au cœur. Certaines personnes viennent visiter les jardins et je fais en sorte que ce moment les aides à oublier leurs problèmes. Ce que je voudrais laisser derrière moi c’est des gens heureux. Faire en sorte de rendre les gens que je connais heureux. Je dois te paraitre bien naïve, voire même un peu niaise… Mais ne crois pas que parce que je souhaite seulement le bonheur des autres j’ignore le goût des larmes… Il y a toujours un revers de la médaille, à penser au bonheur des autres on ne songe pas au sien. Voir les autres heureux fait mon bonheur mais cela implique parfois des sacrifices personnels…

Mon discours devait lui paraitre ridicule à souhaits, mais il était difficile d’exprimer clairement ce que je ressentais.
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Vlad Himei

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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Jeu 9 Juil - 7:38






L'insomnie de la tristesse
A Elias...

Le vampire laissa Louise approcher sans la regarder, mais aucun de ses gestes ne lui échappaient, depuis son pas lent jusqu’à la course des battements de son cœur. Il la laissa arranger l’étoffe sur ses épaules, et peut-être qu’en effet, ce simple geste de tendresse lui apporta un peu de chaleur… L’odeur de la gardienne le couvrait tout entier à présent, il avait l’impression de disparaître sous le léger vêtement…
Du bout des doigts, il attrapa le bord du châle et le resserra imperceptiblement sur ses épaules, et une sensation de chatouillement dans sa nuque l’interpela. Il fouilla dans le haut de son dos, distinguant le tissu de la couverture, de ses propres vêtements, les filins sombres et fluides de ses cheveux, lorsque ses doigts tombèrent sur l’objet fautif. Ce qu’il tira devant ses yeux lui arracha un regard surpris. Une longue plume soyeuse tournoyait entre ses doigts, parfaitement rectiligne, harmonieuse, et d’une intense couleur de nuit. Le vampire sourit, incapable de dire si ce reliquat avait toujours été sur lui, ou s’il avait été apporté par le vêtement de la jeune fille. Il reporta son attention sur elle alors qu’elle abordait le sujet qui semblait l’intriguer le plus.


« Ils sont peut-être immortels, mais comme toute chose en ce monde, ils ne sont pas éternels, encore moins invincibles… » Expliqua calmement le grand vampire. Observant sans les voir ses mains jouer avec la plume noire, il se surprit lui-même à imaginer la forme angélique de la hunter avec les ailes de cette même teinte ébène. Un rire silencieux s’échappa de sa gorge, il ne pouvait exister de plus grande improbabilité. Sans quitter de l’œil les douces ramifications de la plume, il évita la question. Il ne voulait pas penser à l’Aile-Blanche, pas dans ce cocon de paix et de sécurité sous l’aura de la petite gardienne, et était encore moins sûr de vouloir penser à ce que cela donnerait s’il s’attachait à elle. Il était décidé à la faire quitter ce monde de la plus magistrale des façons, et des états d’âme ne feraient que rendre les choses plus compliquées qu’elles ne l’étaient.
Fort heureusement, la gardienne sembla comprendre qu’il n’en dirait pas plus à ce sujet, et détourna la conversation.


« Je ne savais pas que ce n’était pas votre choix… » Susurra –t-il silencieusement. Elle avait l’air de bien s’en accommoder cependant, mais pouvait-on vivre ainsi ? Uniquement pour le bonheur des autres ? Le fardeau que cela impliquait était bien grand, comme elle le lui confessa ensuite. Alors, une terrible idée lui vint. Une idée cruelle, qui finalement, lui ressemblait bien. Il était là pour ça, trouver la paix, peu importe le moyen, de son coeur et de son âme, il était prêt à engendrer les sacrifiés que cela demandait. Il n'hésita pas un seul instant.

Dans un élan gracieux, le grand vampire s’élança en avant et posa ses mains au sol, puis progressa tel un félin jusqu’à la gardienne. Il ignora superbement le lynx et ses réactions, il était de toute façon impensable que le petit animal se mette en travers de sa route, comprenant qu’il n’avait d’une part aucune chance de rivaliser avec le prédateur, et d’autre que ce dernier ne voulait pas de mal à sa maîtresse. Vlad s’avança jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres de la jeune fille, et murmura, son souffle caressant le lobe frais de son oreille.
« Ne bougez pas… » Il ferma sa paupière. Lentement, se penchant en avant, sa tempe glacée rencontra celle de la jeune fille, et après quelques secondes, des images commencèrent à affluer dans l’esprit de celle-ci.

Une voix, sa voix, résonna dans le silence sans qu’il n’ouvre la bouche, pour commenter ce qu’ils voyaient défiler dans leur tête.
« Elle était mon aînée de plusieurs millénaires, mais je lui ai fait tout découvrir. Tout. Du plus inavouable des plaisirs à la souffrance la plus intenable. »
Il lui montra la joie, la tristesse, l’amour aussi, épargnant les images les plus sulfureuses de leurs étreintes, mais il y avait des détails qu’il ne pouvait s’empêcher de visualiser.

Sa voix, qui n’était plus que le prolongement d’un souffle, reprit.

« Vous l’ignorez, car ce phénomène est très méconnu, mais certains… événements peuvent parfois modifier le goût du sang d’un être. Un traumatisme marquant, une forte émotion… les premières attentions que votre ‘ami’ invitera un jour en vous… » L’ombre d’un sourire sadique passa sur son visage, si proche de celui de la gardienne. « C’est imperceptible, anodin pour les mortels. Les vampires oublient même de le remarquer parfois, tant c’est dans l’ordre des choses…  » Il se souvenait de cette nuit-là, une étrange nuit d’ailleurs, un grand manoir froid, hanté des fantômes du passé de leur hôte. Il se souvenait de la terreur qu’il lui avait inspirée lorsqu’il l’avait chassée. De son désespoir lorsqu’elle s’était débattue. De sa haine, sa si profonde et touchante haine, lorsqu’il avait conquis sa vertu. Il adorait. Il adorait le goût de triomphe et de possession qu’il avait donné à son sang. Il adorait qu’à chaque fois qu’elle le voyait, l’humiliation et la haine l’envahissaient. Il adorait la savoir sienne, la voir dégénérer jour après jour auprès de lui. Il avait adoré être la personne la plus abjecte et abusive de son existence. Et puis, ce qui devait arriver… était arrivé.
Dans leurs pensées devenues communes, Louise et le vampire virent à nouveau la silhouette angélique, assise contre un mur de pierre et de mousse, vêtue d’une simple robe couleur lila, déchirée et souillée de sang et autres fluides en plusieurs endroits. Ses jambes étaient repliées sous elle. Au bout d’un de ses bras où aurait dû se trouver une main, des lacérations ensanglantées expliquaient un peu mieux la pâleur maladive de son teint, et la grande faiblesse qui semblait l’habiter. A son cou, plusieurs marques de morsures écorchaient sa chair, certaines encore suintantes. La déchue était à bout de force, endormie dans cette pièce qui ressemblait en tout point à un insalubre cachot. Ses gémissements plaintifs semblaient être la seule chose qui tenait les rats affamés à distance, son visage était marqué de plusieurs hématomes, de larmes et de sang séché. Sur son buste, visible à travers sa robe lacérée, se dessinait d’inquiétants marquages noirâtres qui semblaient se développer sous sa peau, avec pour origine ses poumons. Sa seule main valide était posée sur son ventre, où un rebondi, léger mais néanmoins bien visible, déformait son corps entre ses hanches.

Des bruits de pas se firent entendre quelque part autour d’eux. La future mère sursauta faiblement, et ouvrit ses paupières fatiguées sur un regard qui avait perdu toute lueur de vie et d’espoir. Elle fixait quelque chose que ni Louise, ni Vlad ne pouvaient voir. Une intense lumière blanche commença à engloutir la scène, jusqu’à qu’ils ne puissent plus rien distinguer. L’image suivante apparut brusquement comme un claquement de fouet. La damnée tenait à peine entre deux bras puissants qui la maintenaient fermement contre un torse. Ses dents serrées l’une contre l’autre comme pour s’empêcher de crier, elle enlaçait son ventre comme pour protéger la vie qui y germait. Un homme, tout vêtu de noir, l’étreignait fermement par derrière. Son sourire dentu sous sa cascade de longs cheveux noirs était rougi de satiété. Un éclat carmin brilla dans le fond de deux prunelles couleur de pluie… L’homme leva une main vers le visage de la belle, mais Vlad ne voulait pas en voir plus. Il libéra l’esprit de Louise sur le dernier acte, le craquement frais d’une nuque qui se brise, et tout disparut, pour laisser place au jardin paisible du temple….

Pendant longtemps, l’image de l’homme en noir lui resta en mémoire. Ce n’était pas lui, ça ne pouvait pas être lui. Cet être lui ressemblait en tout point, mais son regard était plus sadique, ses crocs plus meurtriers, ses muscles, son corps étaient modelés pour infliger la violence et pour la supporter. Vlad tressaillit tandis que son séant tombait sur ses talons repliés sous lui. Ses mains ôtèrent précautionneusement le châle de ses épaules, et il le plia avant de le poser sur les genoux de Louise, sans lever un seul regard vers elle.

L'hypnotiseur attendait la sentence, que ce soit une nouvelle remontrance physique ou bien de voir sa confidente le fuir à toutes jambes. Qu'avait-il fait... Pourquoi avoir dévoilé ces réminiscences qu'il s'était juré d'enterrer dans les tréfonds de sa mémoire, dans l'espoir qu'un jour ils disparaissent tout simplement. Les lèvres du vampires tremblaient légèrement, c'était trop, trop pour une seule personne. C'était trop insoutenable pour lui, alors qu'en serait-il pour elle ? Elle qui n'avait jamais qu'écorcher la surface de toute l'horreur du monde ? Par ailleurs, il n'était pas bien sûr que d'avoir partagé sa peine avec elle lui ait fait un quelconque bien. Ca n’était pas quelque chose que l’on pouvait aisément supporter. Personne n’aurait du y être forcé. Il avait trouvé la limite des sacrifices auxquels la gardienne pouvait résister, en dépit de son altruisme, pour servir les peines des autres. Comme l’égoïste infant qu’il était, il s’était servi de sa générosité pour apaiser quelque peu son cœur. Ca n’est pas comme s’il en éprouvait un quelconque remord. Peut-être apparaîtrait-il quelque fois dans ses cauchemars les plus sombres à présent… Sans être son plus cher désir, l’idée avait de quoi le réjouir, mais il se tut.




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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mar 21 Juil - 18:53

- Personne n’est éternel, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se condamner à une éternité de solitude…

J’avais répondu sans attendre à ses mots mais lorsqu’il s’approcha je failli reculer. Il était trop proche, et au fond je n’étais pas très rassurée. J’obéis néanmoins et ouvre des yeux ronds alors qu’il me montrait ses souvenirs en les commentant comme un documentaire. Une ange, ou plutôt une ancienne ange, il l’avait aimé. J’aurais volontiers détourné les yeux de quelques scènes un peu trop intimes, je n’en avais pas la possibilité. Lorsqu’il évoqua Ryû je m’exclamais sans réfléchir.

- C’est faux il ne ferait pas ça !

Dans l’ordre des choses ? Je n’en étais pas certaine, mais son sous-entendu était déplacé. Je me tus pourtant devant sa façon d’aimer arbitraire et égoïste. Il avait imposé son amour et ses désirs sans se soucier des sentiments de sa partenaire. Quoi que… si… il s’en souciait, il se complaisait juste dans cette colère à son égard. Je ne comprenais pas vraiment quel intérêt il pouvait avoir à se faire haïr de cette femme qu’il aimait clairement. Sa perversité était plus élevée que la moyenne.

La suite me fit ouvrir des yeux arrondis par l’horreur. Cette même femme dans un état si horrible que j’eus un mouvement en avant dans sa direction avant de réaliser que ce n’était qu’une illusion, un souvenir, et que je ne pouvais rien. Un détail attira mon attention, son ventre, elle attendait un enfant, probablement celui du vampire. Mais dans cet état comment pourrait-elle lui donner la vie ?! Elle avait besoin de soins !

Une ombre la prit dans ses bras et je reconnu les traits de mon interlocuteur. Mais ce fut la seule chose que je reconnu car ce regard, cette expression, tout semblait être un autre. Comme s’il était devenu fou. Je sursautais sur le final abominable.

Je ne levais même pas les yeux vers l’homme qui me rendait mon châle, fixant un point le regard dans le vide. Les images tournaient et retournaient dans ma tête alors que je cherchais désespérément une explication. Je ne réalisais qu’en inspirant à nouveau que j’avais arrêté de respirer. Mon souffle était court, irrégulier, comme s’il restait bloqué dans ma poitrine. Ma vue se brouilla quelques secondes avant que les larmes ne se mettent à rouler sur mes joues. Je restais un moment à sangloter silencieusement choquée par les horreurs qu’il m’avait montré.
Je finissais par relever les yeux vers lui, il ne semblait pas heureux de ce passé, au contraire. Ces souvenirs semblaient le ronger, le hanter d’une culpabilité dont il ne se débarrasserait pas comme ça. Tant de questions se bousculaient sans que je sache vraiment si j’en voulais les réponses.

- Tu l’aimais… Alors pourquoi ? Pourquoi lui avoir fait tant de mal ?!

Je fus surprise de ma voix, faible, fragile, déformée probablement par les pleurs qui ne voulaient cesser.

- Cet état dans lequel elle était… C’était toi aussi ?

Car durant tout ce temps, jamais on ne l’avait vu lui infliger pareilles souffrances physiques… Pourtant il n’avait pas dissimulé les autres souffrances dont il l’avait accablé, mais jamais au point de la mutiler ainsi… Alors, une autre personne avait fait ça ? Dans ce cas pourquoi ne pas l’avoir protégé ? Pourquoi lui avoir donné la mort ?

- Cette personne à la fin… C’était toi n’est-ce pas ? Pourquoi ? Alors que tu t’en veux tellement…

Ça n’était pas logique, s’il avait voulu s’en débarrasser, il ne serait pas si malheureux de l’avoir perdue. De l’avoir tué de ses propres mains…
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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mer 22 Juil - 13:45






L'insomnie de la tristesse
A Elias...

Assiégé d’émotions en tout genre, le vampire agenouillé caressait machinalement le derme cadavérique du dos de sa main. Le passage de son pouce calleux était comme l’érosion du temps, râpeux et corrosif. Elle effaçait tout, mais prenait un horrible plaisir à le faire lentement, à profiter de la longévité des immortels pour ancrer dans leurs mémoires les pires événements de leur vie afin qu’ils savourent à jamais le venin des remords.
Vlad laissa tomber sa tête en arrière et inspira une longue bouffée d’air frais. Il ferma sa paupière, cédant momentanément à la fatigue qui naissait à mesure que l’aube approchait. Les questions et reproches de la gardienne courraient sur lui comme des insectes aux mandibules acérées. S’il avait eut une réponse à lui donner, il n’aurait pas pris la peine de venir la chercher ici. Néanmoins, il y avait bien une… sensation… qu’il avait toujours eue, sans jamais y trouver d’explications. Une curieuse idée que ces souvenirs n’avaient pas toujours été les siens. Les sentiments étaient là, aussi fort qu’ils pouvaient les ressentir, l’amour, la tristesse, la culpabilité. Il lui semblait impossible qu’ils ne lui appartiennent pas. Et pourtant... Il se persuadait que cette sensation n’était que le fruit d’un mécanisme de protection que son esprit avait inventé, une sorte de détachement de toutes ces atrocités. Après tout, il ne s’imaginait pas infliger de telles horreurs aujourd’hui, même à sa pire ennemie, alors comme était-ce possible que lui et l’homme de ses souvenirs soient une seule et même personne ? Ca n’avait aucun sens. C’était sûrement dans un but d’oublier sa culpabilité qu’il s’était inventé cette histoire, et il était venu ici afin d’affronter la vérité.

Lentement, il se redressa et darda de nouveau la gardienne de son améthyste regard. Elle semblait bouleversée par ce qu’il lui avait montré. Cela le rendait un peu heureux, de voir qu’une parfaite inconnue nourrissait tant de peine et de compassion pour la pauvre déchue, elle qui n’en avait jamais beaucoup reçu. Les deux femmes se ressemblaient un peu, jeune, le cheveu platine, le derme ivoire et translucide, délicatement parfumé… et les larmes…
Il la fixait d’une étrange lueur dans le fond de sa prunelle, à présent. Fasciné. Il voulait savoir ce qu’elle en pensait, ce qu’elle déduirait du spectacle qu’elle avait vu.

Sa pupille reptilienne s’affina sans cesser de la fixer, et le vampire reprit en un murmure.


« Voulez-vous vraiment le savoir ? » Un sourire inquiétant ondula ses lèvres. Il était naturel qu'elle le craigne à présent. Il porta la paume fraîche de sa main à son visage. Un rire le secoua légèrement. « Il y a des mots qui marquent une vie à jamais. La déclaration d’amour de cette femme fait partie de ces phrases que je ne pourrais jamais oublier. Je ne crois pas que quelqu’un ait jamais autant souffert et pardonné, aimé et haï qu’elle… »

Son timbre grave, toujours aussi assuré, parut s’éteindre comme un souffle de vent… « Si je vous disais que cette femme a cessé d’exister bien longtemps avant ma naissance… » Devant l’air perplexe qui lui était retourné, le vampire poursuivit, incertain. « Les événements que vous venez de voir se déroulent à une époque bien plus reculée que la nôtre…. C’est... impossible, n’est-ce pas ? » Termina-t-il, comme s'il voulait qu'elle le lui confirme.
Le vampire s’empêcha d’en dire plus. Il ne voulait pas avoir l’impression de se justifier. Ces détails aussi étaient sûrement le fruit de son imagination. Il passa sa main sur son visage, puis se releva et tourna le dos à Louise. D’une main, il attrapa une branche basse, laissant quelques minutes dans le silence complet passer. Son oeil vampirique pouvait voir les lumières dorées de l’aube s’élever. Elles seraient bientôt bien trop puissantes pour qu’il puisse les fixer directement.
Après un temps, il murmura à l’adresse de la gardienne, comme s’il se rappelait soudain de son existence.


« Et vous, que croyez-vous ? »




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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Mar 11 Aoû - 23:20

Il semblait perdu dans ses pensées, comme s’il ressassait ces souvenirs douloureux. Relevant les yeux sur lui, le sentiment de regret, la culpabilité peut être aussi, me frappa violemment. Il portait ces sentiments sur lui. Les images tournaient encore et encore dans ma tête, se mêlant aux questions qu’elles soulevaient. J’avais beau être horrifiée par ce que j’avais vu, je voulais comprendre. Mais ses mots ne m’aidèrent pas, au contraire, j’étais encore plus confuse à la fin.
Lorsqu’il s’approcha j’eus un mouvement de recul, de la peur ? Oui ce devait être ça, ce nœud qui nouait mon estomac… Je me figeais tandis qu’il parlait, l’écoutant dans l’espoir d’avoir des réponses.

Le silence retomba, me laissant là avec ces informations étranges. Des évènements situés avant sa naissance ? C’était pourtant bien son visage que j’avais vu, et ces souvenirs le hantaient. Mais si ce n’était pas lui cela expliquerait bien des choses… Jamais je n’avais été confronté à cette peur, à cette incompréhension… Ce mélange de sentiments me faisait perdre mes moyens, j’avais d’abord eu de la peine pour lui, puis pour elle. Etait-ce vraiment le bourreau que l’on peut penser ?

Sans trop y faire attention, je relevais les yeux vers l’horizon qui se teintait d’or. L’aube déjà. Depuis combien de temps j’étais là ? Je ne le savais pas vraiment. Mais la venue du jour me rassurait un peu, comme si la douce lumière qui arrivait pouvait chasser les ombres qui avaient pris possession de cet endroit.

Lorsque le vampire reprit la parole je sursautais presque, relavant les yeux sur lui. Pour finalement les baisser, confuse et perturbée.

- Je ne sais pas…

Mes doigts se refermaient nerveusement sur le tissu du châle, le triturant sans que je ne m’en rende vraiment compte.

- Je ne connais pas grand-chose aux vampires… mais cela me parait invraisemblable…

Je ne voyais pas comment il pouvait avoir des souvenirs d’avant sa naissance, c’était parfaitement illogique ! Mais d’autres points l’étaient aussi.

- Pourtant… Cette personne avait ton visage mais semblait différente. Son regard, son aura, il m’a fait froid dans le dos.

Je relevais les yeux vers lui. Bien sûr qu’après tout ça je n’étais franchement pas rassurée, mais il n’avait montré aucun signe d’agressivité jusque-là, même quand je l’avais giflé.

- Alors que là… ça va… On dirait deux hommes différents, mais avec un même visage.

Je marquais une pause avant de me décider à continuer ce qui ressemblait plus à une analyse qu’à une réponse.

- De plus, si tu étais un monstre cruel au point de tuer la femme que tu aimes, celle qui porte ton enfant, est-ce que tu t’en voudrais toujours à ce point ? Un homme capable d’un tel acte peut-il éprouver des remords ?

Je me relevais et m’avançais d’un pas vers lui.

- Et toi, la peine que tu portes est immense… Je doute que la personne que j’ai devant moi puisse voler la vie de cette femme qui a tant compté pour lui. En tout cas pas en pleine possession de ses moyens, pas en en ayant pleinement conscience.

Sans le vouloir j’avais fini par le regarder droit dans les yeux, menant mon résonnement à bien. Trouvant finalement quelque chose de plausible sans pour autant avoir une réponse convenable.
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MessageSujet: Re: ~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~   Jeu 1 Oct - 7:50






L'insomnie de la tristesse
A Elias...

Un rayon de soleil perça à l’horizon. Vlad en observa paresseusement la course jusqu’à ce que la lumière en devînt insupportable. Il retourna vers la nymphe, sa silhouette découpée dans le halo de feu du jour naissant le faisant paraître plus grand, plus imposant. Terriblement las, cependant. Ses épaules voûtées sous le poids du souvenir s’abattirent contre le tronc où il se laissa reposer, bercé par la litanie tremblante de la jeune fille.
Elle était touchante dans le déni. La peur aussi. Son souffle en avait l’odeur comme la mélodie. Il comprenait. Ces réminiscences le terrifiaient lui-même, lorsqu’elles venaient le cueillir au seuil de l’éveil, où ses draps se trempaient de sueurs froides. Pourtant, elle s’avança. Bravache. Son regard fatigué lui rappela qu’il l’avait tenue toute la nuit éveillée. Sous le marasme du soleil, ses cheveux prenaient la teinte du blé doré, brillant comme le métal noble, encadrant son visage lacté, ses joues légèrement rosies du sommeil refusé.

Il croisa les bras. Ses ongles tapotaient distraitement contre la pliure de son coude, en testant inlassablement le lin strié. Il attendait. Il s’impatientait.
La politesse le contraignit tout de même à attendre que la gardienne eût fini son discours avant qu’il se décidât à l’appeler. D’une voix claire et sèche.


« Tu comptes m’épier davantage ou il faut que je vienne te déterrer des ombres moi-même ? »

Des secondes passèrent sans que rien ne bougeât. Pas même l’air. Tout s’était tu. Puis dans un bruissement, une silhouette parut. Elle se courba pour entrer sous les larmes du saule, et s’approcha du vampire avec la grâce d’une danseuse. Son visage était entouré d’un turban violet qui ne laissait qu’entrevoir ses yeux. Des guignes ocre et dorées, félines, qui ne s’intéressèrent qu’à la nymphe le temps de la dépasser. Malgré la clémente température, une pelisse fauve et épaisse drapait son corps, et semblait si lourde qu’il était étonnant que la créature pût se mouvoir si aisément. Elle flotta néanmoins jusqu’à Vlad, et à sa seule attention, laissa naviguer quelques mots dans un parler codé, sur le ton inutile du chuchotement.

Ce dernier hocha la tête simplement, congédia son homme, et se détacha de son appui boisé pour s’approcher de la nymphe, d’aussi près que n’en rougirait pas la décence. L’autre s’était déjà évaporé, comme il était venu.



Des lèvres du vampire, fines et violacées, se délia un sourire aussi acéré qu’une lame.


« Vous m’accablez donc de folie. »

Son timbre n’avait rien de menaçant. Juste une conclusion, pendue là dans le silence frais de l’aube. Suivie d’un léger rire dévoilé sur des canines affamées. Il porta ses doigts à la poche de sa chemise, sur sa poitrine, et en tira un objet avant de le tendre vers elle.

« Tenez. » Murmura-t-il. Ses doigts refermés laissaient néanmoins s’échapper les pans d’une chaînette dorée. Lorsqu’il la laissa couler dans la paume de la nymphe, il s’avéra qu’il s’agissait d’un collier, très finement forgé, où était raccroché un singulier pendentif : une fiole, à peine plus longue et épaisse que la dernière phalange du petit doigt menu de la nymphe. Le cristal scintillait à la faveur des rayons du soleil, et son contenu brillait d’un éclat grenat, aussi pur que le rubis. Du sang.

« Si vous deviez être en danger en jour, brisez-le. Vos mots m’ont apaisé, Gardienne, je les emporte avec moi dans les ténèbres où il me faut retourner. Plaise aux dieux que vous servez qu’un jour nos routes se recroisent, et que je puis dignement vous remercier de votre bonté. »

Se disant, il n’avait eu de cesse de la fixer de son iris figé dans la délicate teinte du vin.

Il se retourna vers les avants du cimetière, ayant au passage récupérer sa fidèle compagne à huit pattes le long de son bras, et disparut dans la brume de pois qui bordait la rue.






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~¤~ L'insomnie de la tristesse ~¤~
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